La progression de la tension est quasiment impalpable, on n'en voit que très peu les avancées. Mais elle est inexorable. Inexorable le recul de la raison et de la confiance, cette défaite de toutes les guerres. Voilà le sujet rare et parfaitement mis en scène de La Trahison. Aucune hystérie, à peine une scène de combat ou deux, et encore filmés de façon elliptique. Au contraire, un lieutenant qui tente de garder son calme et son humanité, de conserver son intelligence de la situation également, quand bien même elle file entre les doigts sous la pression générale, la puissance des circonstances. Et qui se met même de ce fait plus en danger encore.
Mais ceux dont la défaite est la plus terrible, ce sont les harkis, pris entre deux feux, qui voient leur rôle de pacificateur réduit à néant par les regards croisés des deux côtés, cette utopie piétinée d'un "tous français". Dans une avant dernière réplique de toute lucidité, le lieutenant se rend compte que lui, la France, ont mis les harkis dans une situation intenable, qu'ils ont trahis leur confiance. La Trahison est bien celle-là, non pas celle de ces 4 algériens qui ont eu l'espoir un moment d'être français. Et dans une dernière réplique tout aussi lucide, le constat de Taïeb, le traducteur et quasi confident du lieutenant : vive l'indépendance ! Oui, il n'y avait vraiment plus d'autre solution.