[Désir est l’un des volets de la Trilogie d’Oslo de Dag Johan Haugerud. Les films, outre leur réalisateur-scénariste, ont pour points communs d’être littéraires, ainsi que de faire la part belle aux dialogues et aux voix off pour questionner l’amour et le couple, le genre et la sexualité. Reste que chacune de ces œuvres est autonome. Ce qui veut dire qu’elles peuvent être visionnées dans l’ordre que l’on souhaite et que l’on peut choisir de ne pas toutes les regarder.]
Il est à croire, pour moi, que cette trilogie ne mérite quasiment d'exister que pour la belle réussite qu'est Rêves (mon plus gros coup de cœur de cette année, pour l'instant !). En effet, Désir, tout comme Amour, me laisse sur un sentiment mitigé.
D'ailleurs, pour commencer, ces deux films ont un défaut en commun : ils s’éparpillent sur deux intrigues, alors qu’une seule d’entre elles aurait largement suffi à fournir de la matière à un long-métrage de deux heures.
Alors, d’un côté, on suit un ramoneur qui a eu une relation sexuelle avec un client et qui s’étonne, entre stupidité et mauvaise foi, que son épouse réagisse mal après qu’il a avoué ce qu’il ne considère pas être une tromperie. D’un autre côté, on a le supérieur hiérarchique de notre ramoneur ramoné — se comportant plus en collègue, ami et confident — qui est marqué par un drôle de rêve qu’il a fait : avoir croisé David Bowie, qui l’a regardé comme s’il était une femme…
Si les réflexions profondes et réalistes sur le couple, à travers plusieurs échanges tendus entre l’époux et l’épouse, ne manquent pas, l’histoire du ramoneur, elle, aurait gagné à creuser davantage le fait que le mari infidèle — qui se refuse à se considérer autrement qu’hétérosexuel — se soit laissé aller au plaisir de Sodome, le temps d'une rencontre. Le client aurait aussi bien pu être une cliente, tant l’ensemble néglige ce thème.
Pour ce qui est de l’histoire du supérieur, j’ai eu l’impression — peut-être fausse… je n’avais pas un chronomètre à la main pour vérifier — qu’elle bénéficie d’une durée beaucoup moins conséquente. Ce qui empêche son traitement d’être autre que superficiel (dans ses thématiques, dans ses personnages secondaires !), tout en créant une sensation de déséquilibre narratif.
En outre, quand on a deux personnages principaux dans deux histoires séparées, il est essentiel que les deux comédiens choisis dégagent une dose de charisme équivalente. Ce qui n’est pas le cas ici, malheureusement. Attention, je ne dis pas que l’un des deux est plus talentueux que l’autre. Tous les interprètes de la trilogie sont impeccables de vérité, sans la moindre exception. Non, je dis qu’un des deux comédiens a beaucoup plus de charisme. Thorbjørn Harr — que certains d’entre vous ont dû croiser dans la série Vikings — écrase totalement son partenaire sur ce plan.
À noter un pas de côté étonnant et savoureux, d’une douce et agréable absurdité : une médecin — jouée par Anne Marie Ottersen, qui pique sans vergogne la vedette durant sa courte apparition — bavarde, peu soucieuse du secret professionnel, ayant un avis sur tout, et prouvant, en racontant le cas de deux de ses patients, qu’une véritable histoire d’amour peut survivre à énormément de choses, et se refuse à être détruite par quoi que ce soit de superficiel, y compris un tatouage. C’est un joli message. En dehors de l’entièreté de Rêves, c’est même le morceau que je préfère de cette trilogie.
Pour résumer, Désir confirme le déséquilibre très gênant que j'ai déjà ressenti dans Amour, en proposant deux récits dont aucun ne parvient pleinement à s’imposer. Si quelques scènes marquent par leur justesse, notamment dans la confrontation conjugale ou lors de cette parenthèse décalée avec la médecin, le tout peine à trouver une cohérence narrative. Plus frustrant encore, ce volet effleure le sujet complexe de l’ambiguïté sexuelle, sans jamais vraiment oser l'affronter. Il en résulte un film qui, comme Amour, ne semble involontairement exister que pour mettre en valeur la réussite éclatante de Rêves.