Avant de voir le film, je ne m'étais renseigné sur rien, une plongée à l'aveugle. J'ai voulu faire confiance à mon cinéma local, l'assignant de la mention "coup de cœur". De plus, sa distinction au festival de Berlin avec l'ourse d'or me conforta dans ma cécité.
Aujourd'hui, je vois la moyenne, et je me demande ce que j'ai loupé. En tout cas, ce que je retiens de mon visionnage, c'est qu'une narratrice omniprésente apporte tantôt des informations ne se trouvant pas à notre portée (qu'elle eût envie d'écrire des livres suite à la lecture d'un livre en particulier, à un moment précis), tantôt se contente de décrire ce que l'on voit déjà sur le jeu des personnages (à l'arrivée de l'amie de Johanna, Johanne explicite sa déception, alors que c'est hyper lisible sur son visage !! ou quand elle dit vouloir embrasser sa prof, on le voit !!).
Finalement, mes deux passages favoris sont ceux sans aucune parole, seulement la musique. Ces moments sont l'essayage des différents pulls en laine, qui montre avec efficacité l'amour déjà bien présent chez l'ado avec des sourires et des échanges de regards complices.
Le second est la "montée au ciel" de la mamie, qui se révèle être très esthétique avec l'image de l'escalier au milieu de l'obscurité qui monte vers la lumière et cette chorégraphie qui vient sublimer le tout. Seulement, son utilité reste à questionner...
La musique, comme énoncé précédemment, est un autre sujet sensible. Parfois efficace, magnifiant des scènes avec simplicité, d'autres fois, venant briser la beauté d'une séquence. Notamment quand Johanne pleure et écoute une musique qui se veut triste, mais qui vient seulement décrédibiliser le jeu assez bon de Ella Øverbye.
Cependant, le gros point fort du film est la couleur et ses palettes. Que le vert serve de leitmotiv pour Johanna peut sembler être un détail, mais il permet de développer un langage visuel en plus des paroles rapportées. Pour moi, le passage le plus parlant visuellement est la discussion de famille pour savoir si Johanne publie ses écrits. Cette dernière est en bleu, elle s'est détachée de sa professeure et correspond au tableau derrière elle durant la scène, pouvant signifier qu'elle a su trouver sa force ailleurs (en l'occurrence dans l'art, c'est à travers la littérature ici). La mère et la grand-mère sont plus sombres, pouvant insinuer qu'elles ont plus de maturité et que la fougue de la jeunesse est maintenant loin ; et au centre, sur la table basse, un vase vert, rappelant de qui parlent ses 95 pages.
Sans parler du changement de couleur du pull de Johanna, montrant l'évolution de sa personnalité, bien plus fermée, face à la mère de son élève. Johanne aussi témoigne d'une évolution avec son pull à couleurs multiples, illustrant le fait qu'elle ai pris le meilleur de son expérience pour en arriver à ce stade.
Le plus gros problème du film, c'est son délitement progressif. Une histoire se noue durant les 30 premières minutes, puis elle ce dénoue progressivement, sans qu'il n'y ait aucun autre événement marquant. Elle écrit un livre et c'est le seul moteur du récit après.
En bref, une déception haute en couleur. (6.5/10)