Un bijou à la mise en scène tout aussi discrète que puissante, servant son propos avec finesse et maîtrise.
Un propos qui mérite et qui se doit d'être mis en lumière car trop peu abordé dans nos salles obscures et dans la vie (ou bien pas de cette manière si singulière).
C'est par de nombreux plans séquences que les réalisateurs fixent notre attention sur la mère à bout, se retenant d'intervenir. Cette position enferme le spectateur tout comme elle, et limite notre champ de vision de manière frustrante. Le tout, renforcé par des gros plans, nous plongeant pleinement dans leur intimité et le 4:3 étouffant, comme le bureau dans lequel se place le procès, appuie d'autant plus ce sentiment.
Car en effet, le film ne se passe pas dans un tribunal traditionnel mais dans un bureau avec de grandes vitres, à la vue de tous, semblablement à tous ces drames qui se déroulent sous nos yeux, sans que nous les voyions.
Dès la scène d'introduction, le film résume la situation : Cette affaire avance, mais lentement et la violence ne fait rien progresser. Les couleurs sont froides et la façon très proche et tremblante dont est filmée la scène montre que le sujet va être sérieux.
Ni mise en scène, ni dialogues ne tendent à dramatiser les violences sexuelles, mais seule l'imagination conçoit l'horreur.
De plus, le film marque par des détails. Notamment les regards du père lors du procès à son ex-conjointe, les cernes des enfants, une larme timide de la mère ou bien des balbutiements, des phrases... "Je ne suis pas coupable", par exemple.
La musique est parfois bien utilisée, appuyant efficacement l'image et renforçant l'action. Et parfois on se dit que sans, la scène aurait été plus lourde et plus forte. Mais elle est si minimaliste que ce problème n'est pas majeur et ne dérange en aucun cas la plongée dans ce stress familial.
Pour finir, j'ai trouvé très évocateur le tuba, ce cadeau matériel du père qui pense convaincre ses enfants d'aller avec lui. Il pourrait représenter un nouveau départ, avec Étienne qui reprendrait les cours de piscine et le père qui ferait plus d'efforts. Mais c'est aussi une façon de dire qu'avec lui, il va pouvoir respirer, comme si avec sa mère, il était en constante apnée.
Mais la mère montre la réalité au père en lui enfonçant le tuba dans la bouche et lui demandant s'il arrivait à respirer, lui montrant que la force ne résout rien.
Un premier long métrage réussi avec brio par le duo de réalisateurs, une gestion du rythme déjà maîtrisée et ne donnant que de l'espoir pour la suite.