Nous devons à Raoul Walsh une quinzaine de westerns classiques, dont La piste des géants, La charge fantastique, La fille du désert ou La charge de la huitième brigade. La vallée de la peur sort du lot. Faisant fi des gunfights habituels et des poursuites infernales, le scénario s’articule autour de la mémoire, ou plutôt de l’amnésie liée à un traumatisme d’enfance.


Madame veuve Callum recueille le très jeune Jeb Rand, dont le père vient d'être assassiné. Elle l'élève avec ses enfants, Adam et Thorley. Vient la guerre, le ranch doit fournir un soldat, les deux garçons tirent au sort l’enrôlement. Un très jeune, très mince, très beau et très taciturne Robert Mitchum incarne Jeb, qui perd et part se battre. Bien que valeureux, Jeb est accablé par des ennemis dont il ignore tout et, plus encore, par des cauchemars récurrents. Le regard insondable d’insomniaque de Mitchum porte tout le poids d’un destin implacable. Jeb est tout seul. Il a tout oublié. La paupière lourde, le front pensif, ne tournent en lui, en boucle, que des flashs lumineux et des bruits de bottes. Son triomphal retour a le don d’exaspérer Adam, alors même que son oncle, le procureur Callum, lui a révélé les circonstances de la mort du père de Jeb. Un secret lourd à porter. Haineux, Adam refuse de partager la terre familiale avec un étranger. Les deux jeunes hommes tirent, à nouveau, à pile ou face la part d’héritage. Mitchum accepte le coup du sort : il partira pauvre comme Job, mais entend épouser la belle Thorley. La tragédie est en marche. Il est attaqué, se défend, abat Adam et est chassé par sa mère adoptive. Déchirée entre vengeance et amour, Thorley adapte le rôle archétypal de l’amoureuse tragique à l’aridité sauvage du Nouveau-Mexique.


Pursued doit beaucoup à la somptueuse photographie de James Wong, que ce soit dans les clair-obscur à la bougie ou dans les images du désert. Une séquence admirable, parmi d’autres : inconscient du danger, Jeb galope au premier plan, à gauche de l’écran, quand, soudain, apparaît à droite, au sommet de la montagne, l’ombre du tueur, qui se rapproche sournoisement.


Traqué par une troupe décidée à l’abattre, Jeb se réfugie dans les ruines du ranch Rand, là même où, jadis, il perdit connaissance. Il est cerné, s’apprête à mourir… et recouvre la mémoire ! La chute est, pour le moins, surprenante.


Point de Jeb furieux et d’hécatombe digne des pièces antiques.
Une fois n’est pas coutume, le drame tourne au mélo.
Roméo tombe dans les bras de Juliette, mais ne succombe plus.


Non, Jeb, t´es pas tout seul
Mais tu sais qu’tu m’fais honte
A sangloter comme ça
Bêtement devant tout l’monde…

Créée

le 16 mars 2017

Critique lue 994 fois

Step de Boisse

Écrit par

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