Klapisch revient pour un nouvel opus, et il est en forme comme jamais. Il signe ici, avec son éternel partenaire Santiago Amigorena un scénario dont la subtilité et l'apparente simplicité touchent au sublime.
Une "famille" très éloignée est réunie pour l'ouverture de la maison normande de leur aïeule commune qui a vécu à la fin des années 1800-début 1900, maison fermée depuis 1944 et laissée quasiment intacte malgré les affres du temps qui ne l'ont pas épargnée.
Ce lieu si particulier va devenir l'épicentre d'un séisme pour chacun des personnes de 2024 au fur et à mesure de leur plongée dans l'histoire d'Adèle en 1895. Mais d'un séisme doux, d'un bouleversement de sens et des sens, avec la tendresse infinie et le soin de l'observateur attentionné du quotidien qu'est Cédric Klapisch.
La construction du film, avec des allers et retours entre 2024 et 1895 pourrait devenir brouillonne ou pire, un tic de montage, et bien non, c'est particulièrement réussi avec des accroches tantôt drôles ( car on rit beaucoup, la parfaite écriture des dialogues y est pour beaucoup et Vincent Macaigne aussi grâce à son incarnation d'un personnage magnifique) tantôt nostalgiques mais sans tomber dans le "c'était mieux avant", mais au contraire en en jouant comme en témoigne le savoureux soliloque du cocher qui emmène Jeanne sur son char à foin au tout début du film.
Le montage apparaît extrêmement soigné, la lumière est sublime ( Giverny comme on ne l'a jamais vu notamment), et tous les comédiens sont au diapason pour donner le meilleur d'eux mêmes dans un film choral où chacun a sa place pour camper des personnages truculents et très touchants, même quand cela n'est qu'une simple apparition ( superbe Philippine Leroy Beaulieu en Sarah Bernardt par exemple ou Olivier Gourmet en Monet). Suzanne Lidon, vraiment solaire, irradie le film des sa présence en 1895, comme Julia Piaton en 2024, Zinedine Soualem ( avec une scène d'adieu à son métier vraiment émouvante) , Vassili Schneider, Abraham Wapler, ... il faudrait tous les citer : Sara Giraudeau campe une mère pleine d'attentions malgré les apparences, et Cécile de France est hilarante dans sa composition d'une conservatrice de musée sans oublier Fred Testot qui incarne un Nadar vraiment touchant.
La reconstitution du Paris de 1895 s'avère vraiment réussie et nous transporte, les décors permettent des profondeurs de champ ( voire de champs dans le Montmartre de l'époque) et créent des lieux idoines pour assurer une mise en scène précise et travaillée en laissant la vie s'y instiller avec des accents de vérité. La scène de "chamanisme" est un pur moment de folie absolument fantasque et d'une grande drôlerie mais n'en disons pas plus, ce serait trop en dévoiler.
Tous ces atouts se conjuguent pour livrer une oeuvre d'une incroyable joie, un hymne à la vie, un final en apothéose quand tout se croise et que chacun retrouve, non pas son chat, mais son chemin d'existence. Le film habite longtemps après sa vision, et là on se dit que le cinéma s'il documente parfois le réel, le sublime également, et avec Klapisch derrière la caméra, est ce si étonnant ?