La Vérité naît dans l'adresse de l'autre

Avec La Vérité, Hirokazu Kore-eda - le cinéaste de l’enfance et des familles recomposées - quitte le Japon pour installer sa caméra dans une maison parisienne peuplée d’actrices, de scénarios, de souvenirs retouchés. Ici, Fabienne (Catherine Deneuve - dont l'aura est intégré au dispositif), actrice mythique, publie ses mémoires. Sa fille Lumir revient pour célébrer l’événement et découvre un livre fait d’omissions, de disparitions opportunes et de souvenirs réécrits. Lorsque Fabienne affirme qu’elle ne dit jamais la vérité nue parce qu’elle n’est pas intéressante, elle énonce explicitement la thèse : la vérité est une composition qui protège, qui séduit, qui maintient une cohérence là où la vie fut plus chaotique.

Kore-eda met en tension deux régimes du vrai. Pour Lumir, la vérité relève d’une exigence morale. Pour Fabienne, elle relève d’une exigence dramatique. Le conflit mère-fille se déploie dans les nuances, les reformulations, les non-dits. Cependant, les affrontements donnent l'impression de tourner en rond ou de rabâcher les mêmes inflexions d'un même propos. On retrouve aussi les récurrences du cinéaste dans la forme (des plans fixes, une lumière douce et peu de musique). Mais cette fois, ça ne passe pas ! Je ne saurai vous dire pourquoi...

Le film dans le film, où Fabienne incarne justement une mère suspendue dans l’espace pendant que sa fille vieillit sur Terre, redouble la thèse. Cela a juste de brillant qu'à mesure que Fabienne répète ses scènes, on ne sait plus si elle parle à son personnage ou à sa propre fille. On s'interroge alors : l’émotion est-elle sincère ou utilisée comme matériau pour le rôle.

Ainsi dans une scène où les visages de Fabienne et Lumir se rapprochent, le film atteint son point le plus troublant. Qui parle. La mère. L’actrice. La femme blessée. On n'aura pas la réponse car Kore-eda invite à penser que la vérité n’existe peut-être pas à l’état pur. Elle naît dans l’adresse à l’autre, dans l’espace partagé où deux récits acceptent de cohabiter.

cadreum
5
Écrit par

Créée

le 5 mai 2026

Critique lue 10 fois

La Vérité

La Vérité

4

mymp

le 4 janv. 2020

Suivre

Navet d'automne

Plus d’un an et demi après sa Palme d’or surprise (tout le monde attendait Cold war, Burning ou Dogman, mais ce fut Une affaire de famille), Kore-eda Hirokazu, sous l’impulsion de Juliette Binoche,...

La Vérité

La Vérité

7

AnneSchneider

le 2 janv. 2020

Suivre

Telle mère, telle fille ?

Après s’être penché sur ce qui fonde l’authenticité du lien père-fils dans « Tel père, tel fils » (2013), Hirokazu Kore-eda, entre temps auréolé à Cannes par la Palme d’Or 2018 pour « Une Affaire de...

La Vérité

La Vérité

6

JorikVesperhaven

le 28 nov. 2019

Suivre

Difficile de trouver la patte Kore-Eda dans cette chronique sur le milieu du cinéma ludique mais ano

Quelle surprise de voir Hirokazu Kore-Eda s’inviter dans le cinéma français et s’essayer à un tournage dans la langue de Molière après avoir reçu une Palme d’or il y a deux ans pour « Une affaire de...

Bugonia

Bugonia

8

cadreum

le 28 sept. 2025

Suivre
Dernière modification

le 2 déc. 2025

Eddington

Qui est le film ? Bugonia est la transposition par Lanthimos d’un matériau coréen. Le film reprend librement la structure de Save the Green Planet! (2003) et s’en fait une réécriture en anglais. Le...

Wicked

Wicked

7

cadreum

le 1 déc. 2024

Suivre

Réinvention imparfaitement sublime de Oz

Dans l’écrin chromatique du pays d’Oz, Wicked déploie un tableau où le familier et la ré-inventivité se répondent. Les palais scintillent d’émeraude, les prairies s'étendent, et les costumes...

Jouer avec le feu

Jouer avec le feu

3

cadreum

le 31 janv. 2025

Suivre

Dangereuse représentation de la radicalité

Dans "Jouer avec le feu" , Pierre, cheminot veuf, n’a que ses mains pour travailler, que ses principes pour tenir debout. Il a élevé ses fils dans l’idée d’un monde juste, où la lutte ouvrière et la...