Mon quatrième film de Seijun Suzuki que j'ai abordé avec prudence. Si j'ai apprécié la barrière de chair, je ne peux résumer "le vagabond de Tokyo" que par une moue dubitative.
La vie d'un tatoué nous présente deux personnages unis par le sang, un sang qui coule en eux et un sang qui coule sur eux. Contre eux, la loi comme les bandits, leur passé, leur futur, le monde. Tout est danger lorsqu'on sort d'un gang, jusqu'à l'amour. Comment peut-on alors survivre dans une telle situation ? Car nous en sommes là : à la survie. Et la réponse de Seijun Suzuki se trouve dans sa réalisation.
Le réalisateur abandonne les studios et sort sa caméra. Elle nous fait découvrir ses décors, ses mines sombres où les corps se protègent de la crasse que par leur sueur, ses rivières au grand air, libératrices, où notre personnage y découvre sa vénus, ses travailleurs, ses villages.
Tout est concret, tout est matériel. On trouve du travail en échangeant des coups avec son futur employeur pour montrer qu'on est du même bois que lui. On n'entache pas son admiration d'une femme par de beaux discours mais en quémandant de la voir nue. On abandonne l'arme à feux pour se battre au sabre, sous la pluie. C'est ainsi que l'on survit. On survit, et on comprend que le monde n'est pas la vie. Et bien qu'on ne sache pas lequel est beau et lequel est cruel, les deux se marient formidablement.