Il y a au milieu de La villa un splendide flashback qui n'est autre qu'un extrait de Ki lo sa, le troisième film de Guédiguian (1985) où l'on voit ses fidèles acteurs, Darroussin, Ascaride et Meylan, jeunes et enthousiastes sur les mêmes lieux qu'il filme plus de 30 ans plus tard. Le temps a passé, les idéaux en ont pris un coup et le moral est en berne, avec les rides d'inquiétude en plus. Le ton est à la nostalgie, camarade, et à la mélancolie, mais pas au désespoir tant la vie, à n'importe quel âge, est capable de vous servir sur un plateau de petits miracles. Robert Guédiguian signe avec La villa l'un de ses films les plus touchants, révélant en ces protagonistes pourtant souvent floués par la vie de belles âmes. La mise en scène est fluide, le décor marseillais somptueux et l'on entend distinctement le clapotis des vagues qu'ils soient à l'âme ou non. Beaucoup de thèmes se chevauchent mais jamais le film ne s'égare même quand le monde extérieur et ses drames (les migrants) vient toquer à la porte de cette fratrie qui a oublié d'être égoïste. Le cinéma humaniste de Guédiguian fait comme toujours la part belle aux acteurs, sa petite bande d'abord, mais aussi de plus jeunes comme les excellents Robinson Stevenin et Anaïs Demoustier. Qu'il est bon de naviguer en compagnie du cinéaste marseillais et de ses personnages meurtris mais toujours debout.