La ville -Marseille en l'occurrence- est tranquille en effet mais c'est sans préjudice de drames sociaux et d'existences pénibles. A travers une poignée de personnages appelés à se rencontrer ou à se croiser fortuitement - entre autres, un chauffeur de taxi solitaire (Darroussin), un couple bourgeois et, figure prépondérante, une ouvrière (Ariane Ascaride)- le réalisateur Robert Guédiguian filme sur un mode naturaliste des individualités malades d'une société pourvoyeuse de chômage et de précarité., de racisme, de mal-être...
Sous le soleil de Marseille, la peinture de Guédiguian est pourtant sombre, qui confine pour certains à la tragédie, qui stigmatise l'impuissance ou l'incapacité de surmonter les difficultés. C'est, comme on l'a dit, sur le cas de cette mère de famille désespérée, Michèle, que se fixe l'essentiel du drame, cas qui relèverait du misérabilisme si la sincérité de la mise en scène ne nous attachait pas au personnage, comme à celui d'ailleurs de Darroussin le nonchalant. L'authenticité de cette "France d'en bas" confrontée à sa condition, condamnée à ne pas s'en sortir, est poignant.