Un des tout meilleurs films de William Wyler, à l’époque où André Bazin le saluait d’un « À bas Ford, vive Wyler ! » certes exagéré mais qui dit combien ce cinéaste fut un grand parmi les grands avant de terminer sa carrière par des films commerciaux sans grand intérêt (Ben Hur, Funny Girl…) Bette Davis, superbe et hiératique, incarne peut-être ici la femme la plus détestable de l’histoire du cinéma. La scène où elle laisse mourir froidement son mari par appât du gain est exemplaire des qualités de Wyler. La mise en scène, toute de dépouillement, procède ici, comme le plus souvent dans ce film, par plans fixes où la profondeur de champ laisse entrevoir une masse d’informations énorme, révélant la psychologie des personnages et la complexité de leurs rapports. La direction d’acteurs est d’une rigueur sans failles et, question interprétation, Herbert Marshall et Teresa Wright complètent une distribution d’une solidité à toute épreuve. Un film solide qui défie le temps sans avoir pris une ride.