Avec bien sûr le Machu Picchu, les Lignes de Nazca sont l’un des sites archéologiques majeurs du Pérou. Aujourd’hui, le meilleur moyen de les découvrir c'est par les airs, dans de petits coucous vieillissants de 6 places : une expérience absolument incroyable, je vous l’assure. Situé en plein désert à quelques heures au Sud de Lima, dans une région où il ne pleut jamais, l’ensemble couvre environ 450km² et compte plus de 800 lignes d’un rectiligne exemplaire, 300 figures géométriques et 70 dessins d’animaux, dont les plus grands mesurent plus de 360m de long : impossible de se rendre compte de l’étendu de l’œuvre depuis le sol. Véritables hiéroglyphes géants, elles ont été creusées par les Nazcas (ancêtres des Incas) autour de l’An 300 AP-JC. De plus près, elles sont composées de petits sillons de quelques centimètres de profondeur seulement. Comme si on avait simplement écarté les pierres du désert pour laisser la terre blanche et meuble apparente. Le tout est très impressionnant !
Le film de Damien Dorsaz rend parfaitement le gigantisme du lieu. Pour son premier long métrage, voilà un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur : il s’est en effet passé 17 ans entre le début de l’écriture du scénario (avec le co-scénariste Franck Ferreira Fernandes) et le tournage en 2024. L’idée du film lui est venu à la suite de sa rencontre avec l’archéologue allemande Maria Reiche – la fameuse Lady Nazca – en 1996, deux ans avant qu’elle ne s’éteigne. En 2006, Damien Dorsaz lui avait d’ailleurs déjà consacré un documentaire : Maria Reiche, La Dame de Nazca.
Si le film est plutôt académique dans sa forme, j’ai trouvé qu’il portait en lui une certaine tendresse. On s’attache immédiatement à ce personnage intrépide de Maria. Au départ complètement perdue dans sa vie – elle est remplaçante et donne des cours de mathématiques à Lima, loin de sa famille, et ne semble qu’à moitié adaptée à la vie mondaine de la capitale péruvienne – c’est par hasard qu’elle rencontre l’archéologue français Paul d’Harcourt, qui lui propose de venir à Nazca pour traduire un vieux carnet appartenant à son prédécesseur, un archéologue allemand. Elle y découvre ces lignes et développe rapidement une fascination sans borne pour leurs tracés. Le film de Damien Dorsaz retrace ses travaux sous l’intense soleil du désert (les locaux l’appellent la Folle du désert) et son acharnement pour préserver les lignes et faire classer le site au titre de patrimoine archéologique. A la dimension archéologie et patrimoniale s’ajoute un volet existentiel d’introspection personnelle.
La jeune actrice allemande Devrim Lingnau, dont c’est l’une des premières apparitions à l’écran, est excellente. Tour à tour fragile, lumineuse et déterminée, elle porte remarquablement le film sur ses épaules. Elle est accompagnée par notre frenchy Guillaume Gallienne qui interprète délicieusement l’archéologue Paul d’Harcourt, celui qui lui met en quelque sorte le pied à l’étrier. J’ai également beaucoup aimé l’autochtone qui accueille Maria dans son jardin durant les mois de ses recherches. Elle possède un regard perçant emprunt de gentillesse, et c’est véritablement la seule personne à comprendre l’obstination de Maria pour percer le mystère des lignes.
En parlant de mystère, le film de Damien Dorsaz donne une explication claire et précise à la présence de ces lignes millénaires. Dans les faits, les scientifiques semblent beaucoup plus mesurés et plusieurs théories cohabitent. Il pourrait en effet s’agir d’un calendrier solaire et lunaire – c’est l’explication la plus plausible – mais les lignes pourraient également avoir une fonction rituelle et religieuse. Certains excentriques y voient également la trace de l’atterrissage des extraterrestres sur Terre, ajoutant à l’intérêt historique une part amusante de folklore spielbergien !