Lady Nazca
6.6
Lady Nazca

Film de Damien Dorsaz (2025)

Prendre de la hauteur pour mieux (se) comprendre

En mêlant quête archéologique et introspection existentielle, Damien Dorsaz signe un portrait épuré de Maria Reiche, celle qui a (re-)découvert les géoglyphes Nazcas. Une errance désertique qui transcende la solitude pour en faire une expérience intime et mystique.

Nous sommes à Lima en 1936. Maria (Devrim Lingnau), jeune enseignante en mathématiques étouffe dans une vie qu’elle juge aussi étriquée que superficielle. Elle croise la route de Paul (Guillaume Gallienne), un archéologue qui lui propose de traduire des archives situées près d’un site archéologique dans le désert. Sur place, Maria remarque d’étonnants motifs gravés dans le sol. Fascinée, elle va peu à peu se laisser happer par ces formes énigmatiques qui deviennent pour elle une cause, un sens, une obsession.

Ce n’est pas la première fois que le réalisateur Damien Dorsaz s’intéresse à l’archéologue Maria Reiche. En 2007 déjà, il lui consacrait déjà un documentaire mettant en lumière le travail de cette archéologue pionnière qui passa sa vie à étudier les géoglyphes de Nazca, ces fresques monumentales qui ne se révèle que vues du ciel. Avec ce biopic, Dorsaz prend beaucoup de liberté avec la réalité pour mieux raconter une quête existentielle, où l’âpreté du désert devient le miroir d’une quête intérieure.

Et c’est tant mieux, car l’exposition du film est peu rassurante avec sa reconstitution figée du Lima des années 1930, ses dialogues pas très naturels, un style docu-fiction, et un personnage principal dont la forte personnalité semble surlignée. On perçoit vite que le réalisateur s'intéresse davantage à la trajectoire intime de Maria qu’aux enjeux postcoloniaux des pillages archéologiques, pourtant évoqués en arrière-plan.

Mais on lui pardonnera facilement, car il touche une certaine grâce dès que Maria se trouve dans le désert. Ici, Dorsaz favorise l’épure et la sobriété. « Les Nazcas n’étaient pas de grands guerriers, mais de grands artistes » souligne le personnage incarné par Guillaume Gallienne. Et c’est bien dans cette dimension artistique que le film prend son envol. Les spirales, les cercles, les lignes tracées dans le sable deviennent le reflet des tourments de Maria, une métaphore de son propre cheminement.

Il y a quelque chose de tragiquement sublime à voir cette femme balayer minutieusement le désert pour essayer de comprendre, déchiffrer et interpréter ces œuvres d’art précolombiennes. En créant ce parallèle entre cette quête archéologique et une quête de sens plus intime et métaphysique, le metteur en scène rend un bel hommage, tant à l’art ancestral des Nazcas qu’à celle qui y a dévoué sa vie pour le comprendre.


el_blasio
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le 10 déc. 2025

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