Un bonheur lorsqu'on est cinéphile et qu'on s'intéresse à l'époque de l'Occupation.
En revanche, ceux que laisse froids le cinéma français des années 40 seront sans doute fatigués par le name dropping constant de la première partie.
On suit le destin de deux "petites mains" du cinéma de cette période, employés par la fameuse société de production Continental, aux capitaux allemands : l'assistant-réalisateur Jean Devaivre, qui va s'impliquer dans la Résistance de manière assez irrationnelle, et le scénariste Jean Aurenche, passif dans ses actes, mais ferme dans ses convictions (ne jamais collaborer directement).
Le film fait la part belle au premier nommé (pourtant le vrai Devaivre fera un procès à Tavernier) et à l'interprétation de Jacques Gamblin, mais à titre personnel j'ai préféré Denis Podalydès dans le rôle d'Aurenche, séducteur et inconséquent, brouillon dans son travail mais brillant et passionné, toujours ses valises à portée de main...
Au sein d'une distribution pléthorique de seconds et surtout troisièmes rôles, on soulignera les prestations convaincantes de Marie Gillain en prostituée futée, de Charlotte Kady en comédienne frivole, ou encore de Philippe Morier-Genoud incarnant Maurice Tourneur.
Peut-être un peu longuet et pas toujours vraisemblable (on a glosé sur l'escapade de Devaivre en Angleterre), mais globalement captivant et très réussi, "Laissez-passer" constitue un Tavernier de premier choix.
Le réalisateur lyonnais y fait preuve à la fois de sa cinéphilie encyclopédique et de sa maîtrise de la mise en scène : reconstitution soignée, montage efficace, jeu sur les lumières (souvent crépusculaires, lors des trajets en vélo notamment), direction d'acteurs remarquable...