Premier et unique film de Joel Anderson, qui n’a plus rien réalisé depuis 17 ans, Lake Mungo occupe une place curieuse dans le cinéma australien. Présenté comme un faux documentaire enquêtant sur la noyade d'une adolescente et les secrets qu'elle a laissés derrière elle, le film séduit par sa forme, mais finit par lasser par son manque de souffle et son dispositif répétitif.
Une esthétique trop soignée pour son propre bien
Ce qui frappe d'abord, c'est la qualité visuelle. Malgré un budget très réduit et une méthode de travail singulière (les acteurs auraient filmé eux-mêmes certaines séquences et improvisé leurs dialogues sans script pré-établi), le film affiche une photographie et un sens du cadrage étonnants. C’est là que le bât blesse : le dispositif est presque "trop" bien réalisé, trop léché, pour qu'on puisse réellement s'immerger dans l'illusion documentaire. On sent la patte du réalisateur derrière chaque plan, ce qui crée une distance artificielle.
Le piège de la distance
Le film s'appuie sur une structure d'interviews rétrospectives. Si cette approche permet d'aborder le thème du deuil avec une certaine pudeur, elle installe aussi une froideur constante. On ne vit pas l'angoisse avec la famille, on nous la raconte sur un canapé, ce qui brise toute velléité de tension ou d'émotion. Le mélange entre drame familial et moments fantastiques ne prend jamais vraiment, laissant le spectateur à la porte d'une histoire qui semble se regarder filmer sans jamais nous impliquer.
Verdict : Un bel objet inutile ?
Joel Anderson a réussi un tour de force technique en créant une œuvre à la patte artistique indéniable, mais il semble avoir oublié en chemin de donner une raison d'être ou une âme à son récit. On navigue dans une ambiance mélancolique qui tourne en rond, pour finalement aboutir à un sentiment de vacuité. Un film qui pourra paraître totalement anecdotique pour ceux qui cherchent une narration habitée ou une véritable tension.