"Le blanc et le noir" n'est pas ce que Sacha Guitry a écrit de plus subtil. Sa pièce repose sur un argument facile et largement essoré dont le développement prolonge le mauvais goût initial.
Neuf mois après que sa femme a fauté, dans un mouvement d'humeur, avec un chanteur noir, le bourgeois Desnoyers découvre qu'il est le père d'un enfant...noir. Stupeur, honte et scandale dans la maison de celui qui va tenter de se débarrasser du "petit nègre". Ce n'est pas tant, d'ailleurs, dans la terminologie employée, tout à fait commune à l'époque, que se manifestent, peut-être inconscients, le racisme et la condescendance de l'auteur. Il faut quand même voir avec quelle affliction on peine à annoncer au père la couleur du bébé, non pas difforme, non pas anormal, mais noir. Il faut voir aussi avec quelle légèreté et absence de sens moral on fait
don à l'Assistance
de cet enfant -son sort est ainsi définitivement réglé- en échange d'un bébé bon teint auquel Desnoyers s'attachera très tendrement et naturellement.
Au-delà de l'esprit de la pièce, on notera que sa mise en scène est plutôt pauvre, qu'elle s'en remet à des conventions théâtrales un peu lourdes et qu'on n'y retrouve que rarement les formules et l'écriture brillantes de Guitry. D'une idée aussi mince et évidente, Florey fait un film bien long.