D’un buddy movie classique associant deux acteurs improbables et pour un temps percutants, Le Boulet choisit de s’orienter progressivement vers le n’importe quoi généralisé, si bien qu’on ne sait plus vraiment ce que l’on a sous les yeux. Entre les films de Francis Veber et les productions de Luc Besson, le film ne tranche pas, préfère sauter d’une scène à l’autre, d’un sketch au suivant, sans veiller à construire un burlesque qui tienne la route dans la durée. La parodie de James Bond fonctionne de manière sporadique : un Requin amateur de pâtes, une course-poursuite en plein Paris, divertissent. Quelques scènes bénéficient du talent des deux comédiens principaux, notamment une pause dans les toilettes d’un aéroport assez jubilatoire, quoique peu fine. Néanmoins, à mesure qu’il progresse et accumule les gags lassants, le film construit malgré lui une image détestable de ses protagonistes tour à tour racistes ou objets de mépris, et où la misogynie est à peine cachée. Car il ne suffit pas de faire danser José Garcia avec Rossy de Palma pour pallier les propos dégradants et gratuits sans cesse véhiculés sur les femmes. À la réalisation, Alain Berbérian fait preuve d’un maniérisme immonde qu’il aimerait proche du cartoon : pas de chance pour lui, l’absence totale de rigueur nuit à de telles ambitions et cantonne l’ensemble à gesticuler nerveusement dans tous les sens. Engagé dans une esthétique de l’agression permanente, Le Boulet fait se succéder les guest-stars pour un résultat médiocre qui laisse en bouche un goût fort déplaisant. Et ce n’est pas le montage, indigne d’un apprenti-charcutier, qui rattrapera ce ratage.