Producteur de séries Z assez saugrenues, et se qualifiant lui-même d'ennemi du cinéma d'auteur, Bruno fait figure d'homme de cinéma ringard (personnifie-t-il, selon Nanni Moretti, le cinéma italien exsangue?). S'il Bruno s'apprête à produire une curieuse et fauchée histoire de Christophe Collomb, c'est finalement un scénario anti-Berlusconi qui passe dans ses mains...
La comédie de Moretti a, au moins au début du film, les accents savoureux de la comédie italienne de jadis. Sa démarche satirique lorsqu'il parle de cinéma et de politique italienne -voir comment la télévision publique et les acteurs pressentis pour le rôle de Berlusconi se défilent- offre des séquences plutôt plaisantes. Et le pamphlet contre l'intouchable premier ministre italien s'annonce corrosif, partisan et audacieux.
Pourtant, le film déçoit. L'attaque frontale, l'instruction à charges contre Berlusconi n'ont pas vraiment lieu. Elles sont comme des contingences du portrait de Bruno dont Moretti raconte -sujet peu intéressant- les déboires, conjugaux notamment.
"Le Caïman" ne traite pas tant de la crise politique italienne que de la crise personnelle que traverse un père de famille et professionnel en plein marasme. On a le sentiment d'un récit trop foisonnant et manquant d'unité.