Pour les jeunes générations, avant Tarantino, il y avait Fellini, le plus merveilleux des cinéastes. Avant que Tarantino trouve drôle de transformer les films noirs des années 50 en donnant à ces protagonistes des noms du type Mr. Pink, Fellini jouait avec les codes de la culture classique. "Encore faudrait-il en avoir" m'aurait dit cette vieille chouette de Sophie Makariou.
Les derniers beaux films que j'ai eu le plaisir de voir joue souvent sur la corde classique (dans le sens épuration, héros, mythe Tragédie) et même Tarantino tombe dedant (une volonté de prendre de l'ampleur). Mais Fellini lui préfère farce et comédie, on s'amuse et on se déchire, les codes sont mises en pièce dans des orgies somptueuses; les scènes de sexe sont mimées plutôt que filmer. La poilâde!
Quel acteur ce Donald Sutherland qui campe ce beau Casanova, en philosophe de Peep-Show. Jamais au bon moment, il pense faire de l'esprit quand on lui demande de bander, il fait des belles phrases, personne ne l'écoute. Au milieu de lui, c'est le cirque (cf Exposition au Jeu de Paume). On s'esclaffe, on s'amuse et lui, sérieux, s'ennuie de son propre personnage. Se laisse avoir pour baiser une bossue dans un lit-bistanclaque où il tisse sa propre mort (petite du moins).
Que les femmes sont belles chez Fellini, les Vénitiennes jouissent en louchant bêtement, les jambes en travers après l'amour. Elles se sentent attirées par ce Casanova parce qu'elles le manipulent comme elles veulent. Il se croit Libertin mais il n'est qu'une machine pour assouvir la sexualité débordante de cette fin d'époque, des orgies puis des orgies. Scène sublime du bras de fer où il croit faire du charme à une grande turque, elle lui fait comprendre qu'il n'est rien d'autre qu'une bête de foire, n'a aucun autre pouvoir que celui qu'on donne.
Une fin de siècle, comme le Satyricon, la décadence vue du côté de la peinture classique, au mur du palais romain, les portraits sages de la peinture italienne jurent face à cette audience qui pousse l'aristocrate à se confronter à un valet pour un concours de bourre sans but ni prix. Les bancs sont placés, le spectacle commence, derrière notre écran, on ne voit, comprend, assiste à rien... De la peinture spectateur, Fellini invite à une peinture d'acteur, les figures de fous peintes par Bosch, entonnoir sur la tête, entonnent et se lancent dans une symphonie dans le palais Prussien. Dans cette superbe envolée lyrique, notre Casanova tend son billet, lettre de recommandation, il ne comprend, n'assiste à rien. Il est con!
Tout va bien qu'il faut une fin, le Casanova de Fellini est un appel à tous les abrutis qui croit que les voyages, les différentes expériences vont les rendre moins idiots. Détromper vous, Casanova traverse l'Europe et le temps mais il reste ce Rocco Sifreddi des Lumières. Alors arrêter de planifier des voyages en Nouvelle-Zélande, en Australie ou ailleurs pour aller cueillir des fraises à Hokianga ou des mangues à Darwin, gémir que vous n'avez pas votre baguette quotidienne; vous les Français, Casanova des temps modernes, allez vous faire Foutre!
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