Le film s'ouvre sur une vision mystique de forêt dans la brume. Avant même le premier mot, l'ambiance est posée façon princesse Mononoke, et les yeux attentifs apercevront peut-être le Grand Tétras en haut d'un arbre, annonçant sans un bruit le fil rouge qui guidera la narration.
Narration faite en grande partie par le père de Vincent : Michel, qui raconte sa première observation du Grand Tétras, et comment il a vu la population du Gallinacé décliner au fil des années. Le tout raconté à son petit fils, Simon, curieux de savoir comment son père et son grand père se sont découverts cette passion de l'affût photo-vidéo. On a donc une narration en forme de "passage de flambeau" (quelques scènes appuient d'ailleurs cet aspect) : une proposition à toutes les générations de ralentir, d'observer, et de s'émerveiller de tout ce dont le monde sauvage est fait. Ce fil rouge sera bien sur tricoté autour d'autres observations : Cerfs, Lynx, Hiboux, Pic Noir, Renards et bien d'autres, tous cités au début du générique de fin.
La musique sonne toujours juste, et sait quand s'arrêter pour nous mettre en situation quasi réelle. On a plusieurs fois l'impression de vivre l'affût avec le trio, on retient sa respiration... Et on s'émerveille. Par moment les sons de la nature nous sont livrés tels quels, rappelant au fond de nous des craintes ancestrales devant ces cris qui ne dénoteraient pas dans un film horrifique, et qui pourtant deviennent si beaux lorsqu'on sait y reconnaitre un chevreuil, un cerf, un renard, une chouette...
Vincent nous offre ainsi plusieurs fois la chance d'être en affût... au fond d'un fauteuil confortable, au chaud et à un horaire conventionnel !
Les vues sont magnifiques, que ce soient les observations d'animaux ou les paysages. Certains plans paysages ont probablement reçus une post production assez importante pour faire des jeux d'ombres où des arbres apparaissent et disparaissent, mais clairement Vincent sait ce qu'il fait quand il déclenche sa caméra.
Si certains pourront reprocher au film son rythme lent et son appel évident à l'émotion, je trouve pour ma part que ce rythme est parfait pour appuyer cette nécessité à savoir prendre le temps de bien faire les choses lorsqu'on veut aller observer la nature, de ne pas avoir tout, tout de suite comme notre société de consommation nous à si bien formaté à fonctionner. Et l'émotion... Ça fonctionne, tout le monde le fait, et pour une fois c'est pour nous donner envie de protéger l'environnement plutôt que de ressentir de l'empathie pour des personnages fictifs ou pour vendre un produit. Alors apprécions plutôt le moment, et émerveillons nous du monde qui nous entoure, tant qu'il est encore là.