Quelle douce symphonie que ce Chant des forêts signé Vincent Munier, cinéaste documentaire à l’origine de l'excellente Panthère des neiges (2021).
S’il est en effet question de symphonie, on pourrait même davantage parler de chorégraphie. Car ce n’est pas seulement une musique que Munier nous invite à écouter, mais bien un véritable ballet à contempler, celui de la faune et de la flore des Vosges. Chaque déplacement, chaque bruit, chaque mimique animale intrigue et captive. Tantôt amusants, tantôt bouleversants par leur intelligence et leur grâce, les animaux filmés ne sont jamais de simples éléments décoratifs. Ils constituent le cœur même du film et en produisent le sens. Ils suscitent l’intérêt de la famille Munier autant que celui du spectateur.
Sur le fond, le film semble aborder le cycle de la vie et la transmission d’un savoir. Trois figures principales apparaissent : le grand-père Munier, Vincent Munier et son petit-fils. Trois générations réunies par une même fascination pour le monde animal. Mais ce qui retient le plus l’attention, c'est la relation entre le grand-père et l’enfant. Véritable encyclopédie vivante, homme passionné au regard profondément sensible sur la nature, le grand-père fascine le spectateur autant que les animaux qu’il observe. Animé par le désir de préserver la vie animale, il cherche avant tout à transmettre son savoir à son petit-fils (et par extension au spectateur). Tout dans le Chant des forêt semble vrai, authentique et guidé uniquement par la passion.
Visuellement, le film possède quelque chose de déroutant, que je tiens à noter. Dès l’ouverture, une musique aux accents dramatiques accompagne un brouillard épais qui engloutit la forêt. Même l’affiche du film évoque presque l’univers du cinéma horrifique. Les choix de lumière participent eux aussi à cette singularité. Là où le documentaire animalier privilégie habituellement la clarté du jour pour mieux observer les animaux, Munier opte pour la pénombre et s’intéresse à des espèces rarement mises en avant, ces habitants de la brume, ces êtres nocturnes que l’on a peu l’habitude de voir. Ce parti pris visuel se révèle particulièrement intéressant, au point que l’on en oublie parfois que l’on n’est pas face à une œuvre de fiction.
En définitive, je ne peux que recommander ce documentaire qui, à l’image des précédents films de Munier, se distingue par sa très grande qualité. On ressort toujours apaisé d’un film de Vincent Munier, non pas parce qu’il répond à des attentes, mais parce qu’il met en scène la nature avec une sensibilité et une intelligence rares. Il s’agit là d’un véritable geste d’artiste.