Au travers de sa leçon de morale, le film perpétue le travers dangereux de la distinction nature-culture, si chère à l'Occident. Il fait de la nature, du "sauvage" comme ils aiment à le dire, un lieu mystique, échappant à la compréhension de l'homme. En multipliant les métaphores bêtes, "nous sommes du humus" ou encore "les mains c'est des racines"... Il y a un côté éco-conservateur, voire réactionnaire dans cette vision de la nature comme un sanctuaire pur qui ne saurait être violé par l'homme.
Or, ce serait bien d'ouvrir des livres, de s'intéresser un peu à l'homme, à l'éthologie, aux sciences du vivant et de l'environnement en générale plutôt que pondre un truc d'une pareille indigence intellectuelle. Parce que les trois se contentent d'aligner des propos creux et d'esthétiser le "sauvage" sauf que c'est précisément cette esthétisation qui en fait du "sauvage". Toute la mise en scène, parce que c'en est, c'est un docufiction, tend à recouvrir les forêts des Vosges d'une aura mystique. Mais ça, j'aurais peut-être pu l'avaler si c'était l'Amazonie ou l'Himalaya mais là, c'est les Vosges, et je crois avoir reconnu des lieux où je suis allé faire de la randonnée donc vraiment rien de mystique.
C'est là que j'ai découvert l'exposition photographique de Vincent Munier... il faut rester sur de la photo, pour le bien du cinéma. Parce qu'en plus d'être bête, le film est laid. C'est mal-joué et ça fait semblant d'être quelque chose de pris sur le vif pour les histoires qu'ils se transmettent.
Ça me fait beaucoup pensé à la scène d'ouverture de Hélas pour moi de Jean-Luc Godard, sur comment les histoires sont les seules choses qui nous restent de nos ancêtres. Mais ici, c'est vraiment en moins bien.
Et puis, la photographie du film est soit inexistante soit laide et il n'arrive pas à capter le vivant. Il se contente de filmer des animaux pour dire "regardez comme ils sont mignons" (oui, ça a plu aux enfants dans la salle mais j'ai 24 ans...) et de la brume pour dire "oh la nature c'est vraiment très très mystérieux". En plus, il rate un combat de cerfs. Ça se voit qu'il est photographe et pas documentariste animalier, apparemment sa femme l'est, ça aurait été une bonne idée qu'elle soit sur le tournage parce que là, j'ai vraiment l'impression de regarder un documentaire Arte à 15h un jeudi sans les commentaires éthologiques qui vont avec.
Werner Herzog existe. Si vous voulez vraiment voir un documentaire qui questionne le rapport de l'homme à "la nature", au "sauvage", regardez Grizzly Man.