Je dois avouer que je ne suis pas familier des films de la Hammer, cette société de production mythique qui incarna l'épouvante et le fantastique au cinéma dans les années 50 et 60.
"The Hound of the Baskervilles" m'intéressait donc à double titre, et non uniquement pour compléter ma collection de Sherlock célèbres.
Ce qui m'a le plus impressionné, c'est la photo de Jack Asher et ses couleurs chatoyantes : le Technicolor de cette période est un enchantement pour les yeux (je vénère aussi celui de Robert Burks pour Hitchcock, aux couleurs nettement plus vives). Ici, le chef-op joue de la pénombre et des atmosphères nocturnes, sans parler des superbes teintes automnales de la lande britannique en plein jour.
Du côté de l'intrigue, le réalisateur Terence Fisher prend quelques libertés avec le roman de Conan Doyle (avec notamment une variante dans l'identité du(es) meurtrier(s)), mais les principaux éléments sont bien présents, offrant un récit solide et prenant.
Deux des comédiens les plus fameux de la Hammer sont présents au générique, en la personne de Peter Cushing (Holmes) et Christopher Lee (Sir Henry Baskerville), parfaitement entourés par une troupe de seconds rôles pittoresques, particulièrement bien choisis : l'antipathique docteur Mortimer (Francis de Wolff), le mystérieux Stapleton (Ewen Solon), le lunaire ecclésiastique Bishop (Miles Malleson)...
Sans oublier le fidèle docteur Watson (André Morell, une figure fidèle de la Hammer) et surtout la ravissante Marla Landi dans le rôle de Cecile Stapleton, dont le personnage aurait mérité un meilleur développement.
A la limite, ma principale déception réside dans le traitement de la violence et de "l'horreur" : chaque élément un tant soit peu effrayant reste systématiquement hors-champ, à l'exception de quelques gouttes de sang d'un rouge douteux, et de la créature visible à la toute fin.
Heureusement, on peut compter sur une ambiance générale lugubre et angoissante, notamment lors des séquences nocturnes sur la lande du Devonshire, nimbée d'une brume inquiétante et jalonnée de marais dangereux comme des sables mouvants.
Pour conclure, cette première version couleurs du célèbre roman de Conan Doyle est une belle réussite, sur le plan formel comme sur le plan narratif, peut-être la meilleure adaptation ciné de Sherlock Holmes. De quoi me donner envie de creuser la filmo de Terence Fisher - figure de proue de la Hammer - à commencer par le seul autre opus consacré à Holmes, tourné trois ans plus tard et intitulé en VF "Le collier de la mort".