Le Conquérant
4.8
Le Conquérant

Film de Dick Powell (1956)

Film voulut grandiose à l'époque il est surtout connus pour accumuler les erreurs et incohérences, à commencer par des acteurs hollywoodiens déguisés en mongols, et par son irradiation nucléaire de l'équipe sur le tournage ayant sans doute contribuée au cancer du Duke ainsi qu'a de nombreux membres de l'équipe.

Je passerais donc rapidement sur l'intérêt du film d'un point de vue cinématographie (Bon film si on est capable de passer outre les absurdités de départ- John Wayne en Gengis Kahn soit on en ris et s'est foutu, soit on avale la couleuvre et ça passe) pour me concentrer sur l'histoire particulièrement chaotique de cette production très particulière.


L'histoire du "Conquérant" est aujourd'hui presque indissociable des circonstances extraordinaires de sa production.

Produit pour la RKO sous l'autorité de Howard Hughes et réalisé par Dick Powell, le film est conçu comme une ambitieuse superproduction historique consacrée à Temüjin, futur Gengis Khan.

Avec un budget d'environ six millions de dollars, il constitue alors la production la plus coûteuse jamais entreprise par la RKO et son premier film tourné en CinemaScope.


John Wayne joue un rôle déterminant dans l'existence même du film. Le personnage de Gengis Khan avait initialement été envisagé pour Marlon Brando. Celui-ci ayant abandonné le projet, Wayne, alors lié à la RKO par un contrat de trois films, découvre le scénario d'Oscar Millard et insiste pour interpréter lui-même Temüjin. Dick Powell aurait tenté de le dissuader avant de céder devant sa détermination. Wayne se prépare sérieusement au rôle : régime accéléré, entraînement à l'escrime et, selon les sources relatives à la production, prise de Dexedrine pour contrôler son poids et maintenir son rythme de travail.


Le tournage devient rapidement difficile. Les extérieurs sont réalisés dans l'Utah, principalement autour de St. George, Snow Canyon et du désert d'Escalante. La chaleur peut être extrême, particulièrement éprouvante pour des acteurs portant de lourds costumes. Une crue soudaine manque également d'emporter une partie de l'équipe et Pedro Armendáriz est sérieusement blessé après une chute de cheval. Plusieurs centaines d'Amérindiens de la région, notamment des Paiutes, participent également au tournage comme figurants.


Mais le véritable problème du Conquérant se trouve ailleurs et ne sera pleinement mesuré que plusieurs décennies plus tard :

le tournage avait été réalisé sous les retombées des essais nucléaires proches de l'US ARMY.

À environ 220 kilomètres de St. George se trouvait le Nevada Test Site, utilisé par les États-Unis pour leurs essais nucléaires atmosphériques. En 1953, l'opération Upshot-Knothole y avait comporté onze explosions nucléaires aériennes. Certaines provoquèrent d'importantes retombées radioactives sur l'Utah.

L'essai le plus célèbre est celui du 19 mai 1953, baptisé Harry, dont la puissance atteignait environ 32 kilotonnes. L'importance inattendue de ses retombées lui valut ultérieurement le surnom de « Dirty Harry ». Les vents transportèrent une partie des matières radioactives vers les environs de St. George et Snow Canyon, précisément dans la région choisie pour les extérieurs du film.


Lorsque John Wayne et l'équipe arrivent l'année suivante, le danger des retombées nucléaires est encore très mal appréhendé par le public. Les autorités américaines avaient rassuré les populations locales sur l'absence de danger significatif. Le tournage se poursuit donc pendant plusieurs semaines dans cet environnement.

Un épisode concernant Wayne est particulièrement révélateur du climat de l'époque : des photographies le montrent sur place avec un compteur Geiger. Selon le récit ultérieurement rapporté, l'appareil aurait réagi si fortement que Wayne aurait pensé qu'il fonctionnait mal. L'anecdote est largement reproduite, même si elle ne permet évidemment pas de mesurer rétrospectivement la dose exacte reçue par l'acteur.

Le problème ne se limite d'ailleurs pas aux semaines passées dans l'Utah. Afin que les scènes complémentaires tournées en studio présentent exactement la même couleur de sol, environ 60 tonnes de terre rouge provenant de l'Utah sont transportées jusqu'aux studios de Culver City, où acteurs et techniciens travaillent de nouveau avec ce matériau.


C'est surtout dans les décennies suivantes que l'histoire du film prend une dimension inquiétante.

Sur environ 220 membres identifiés de la distribution et de l'équipe technique, 91 avaient développé un cancer en 1980, soit environ 41 %, et 46 en étaient morts. Ces chiffres, abondamment repris depuis, ne comprennent pas les nombreux figurants amérindiens employés sur le tournage, pour lesquels aucun suivi statistique comparable n'a été réalisé.


La liste des principales personnalités touchées est particulièrement frappante. Le réalisateur Dick Powell meurt d'un cancer en 1963. La même année, Pedro Armendáriz, atteint d'un cancer devenu incurable, se suicide. Agnes Moorehead meurt d'un cancer en 1974 et Susan Hayward en 1975, après un cancer pulmonaire ayant métastasé.

John Wayne lui-même apprend en 1964 qu'il souffre d'un cancer du poumon.

Une opération lui retire le poumon gauche et plusieurs côtes et il reprend ensuite sa carrière.

Il meurt finalement en 1979, à 72 ans, d'un cancer de l'estomac.

Plus troublant encore, certains proches ayant séjourné sur le tournage connurent eux aussi des problèmes tumoraux : Michael Wayne, fils de John Wayne, développa un cancer de la peau, tandis que son frère Patrick eut une tumeur bénigne retirée du sein. Le fils de Susan Hayward, Tim Barker, subit également l'ablation d'une tumeur bénigne de la bouche.

Une relation de causalité qui n'a jamais été scientifiquement démontrée mais qui a marqué les esprits tant ces statistiques sont hors normes.


L'histoire connaît enfin un dernier épisode singulier avec Howard Hughes.

Après la production, Hughes rachète personnellement le film à la RKO en janvier 1956.

Sa circulation sera ensuite fortement restreinte pendant de nombreuses années.

Des récits ultérieurs ont affirmé que Hughes éprouvait une profonde culpabilité concernant les conditions du tournage et regardait régulièrement le film durant les dernières années de sa vie ; cette partie de l'histoire repose toutefois largement sur des témoignages et récits biographiques difficiles à établir avec la même certitude que les données de production.


Ainsi, indépendamment de toute appréciation artistique, Le Conquérant occupe une place singulière dans la carrière de John Wayne. L'acteur avait lui-même fortement souhaité incarner Gengis Khan et s'était engagé personnellement dans un projet qui allait devenir, bien au-delà du film lui-même, l'un des cas les plus célèbres de l'histoire d'Hollywood concernant les conséquences potentielles des essais nucléaires atmosphériques américains des années 1950.

Fredobelo
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