(1973. Le conseiller. ITA. : Il consigliori
Vu en VOST, Blu-Ray édition studio canal, collection make my day)
San Francisco, années 1970. Don Antonio Macaluso (Martin Balsam) gère d’une main de fer la pègre locale. Enfin, quoique… Un lieutenant, Garofalo (Francisco Rabal) veut se mettre à son compte pour concurrencer un Don Antonio vieillissant qui vient de laisser quitter la Famille son filleul Thomas (Tomas Milian). Face à cette incartade aux règles mafieuses (on ne quitte pas la Famille…si ce n’est les pieds devant !), Garofalo en profite pour lancer les hostilités en décimant le clan Macaluso…
A peine un an après la sortie du Parrain, Alberto De Martino s’engouffre dans la brèche et réalise Le conseiller, associé au genre poliziottesco, même s’il s’agit surtout d’un film de Mafia. Même s’il s’éloigne du scénario de Coppola (et encore, on pourrait voir Tomas Milian comme le pendant d’Al Pacino…déjà et ce bien avant le personnage de Nico Giraldi, inspiré de Serpico), de nombreux clins d’œil disséminés ici et là sont présents. Ainsi, les exécutions à la chaîne (immersion dans le béton, combustion dans un four à pizza…), le retour en Sicile, le « fils » prodigue ne souhaitant pas prendre la relève, le personnage du flic corrompu, entre autres, rappelleront la fresque portée par Marlon Brando.
De Martino fait partie des bons artisans du Bis italien, malgré un style assez neutre, et comme ses collègues il toucha à tous les genres passant du péplum (La révolte de Sparte) au western (Django tire le premier), avec un passage remarqué dans le fantastique (L’antéchrist et Holocaust 2000 avec Kirk Douglas). Il œuvra aussi dans le polar, réalisant Rome comme Chicago, avec John Cassavetes, en 1968 ou encore Special magnum en 1976, avec Stuart Whitman. Notons que sur Le conseille**r, son directeur de la photographie n’est autre que Joe D’Amato, crédité sous le pseudo d’Aristide Massacesi.
Pour **Il consigliori, il disposa d’un budget assez conséquent et posa sa caméra au pays de l’Oncle Sam, à l’instar d’un Giuliano Montaldo avec Les intouchables ou encore Sergio Sollima avec La cité de la violence. Nous suivrons ainsi les aventures de nos mafieux dans la ville de San Francisco (avec moult passages présentant le célèbre pont du Golden Gate en arrière-plan), en passant par Albuquerque et le Nouveau-Mexique. Avant un retour en apothéose en Sicile, notamment dans le village typique de Polizzi Generosa, et un excellent final dans les ruelles de Palerme. Une longue séquence qui nous rappellera l’assassinat de Don Fanucci, joué par Gastone Moschin, dans Le parrain 2, sorti un an après.
Papy fait de la résistance !
Le casting est des plus alléchants, avec le grand Martin Balsam (Douze hommes en colère, Les pirates du métro, Le cercle noir, Les hommes du président, Confessions d’un commissaire…) excellent en Don vieillissant mais toujours alerte. Il faut le voir l’arme à la main, courir derrière ses proies le sourire aux lèvres : un personnage des plus sympathiques et mémorable. A ses côtés, Tomas Milian, que j’adore comme vous le savez, est parfait dans un rôle ambigu d’avocat mafieux aspirant à une vie rangée loin des crimes et compromissions et auprès de sa femme (Dagmar Lassander) qu’on aurait aimé voir plus souvent… Une fois revenu auprès de son parrain, Milian endossera la tenue du redresseur de torts kamikaze, à notre plus grand plaisir. La dernière séquence avec Balsam est vraiment excellente, et m’a laissé sans voix...
Le salaud de service est interprété par le grand Francisco Rabal, coproduction italo-espagnole, qui œuvra aussi bien dans le Bis que dans le cinéma d’auteur avec Bunuel, Saura, Zurlini… Très classe, insolent et déterminé, il se fond parfaitement dans son rôle. On appréciera aussi de retrouver des tronches bien connues du Bis italien comme Nello Pazzafini, Edoardo Fajardo (Il mercenario, Django …) ou Carlo Gaddi (Le jour de la haine, La police accuse). Signalons aussi la performance de Carlo Tamberini (Cadavres exquis, Sabata, Sartana…), excellent en Don vieillissant avec encore beaucoup de ressources. Décidément, les anciens ne s’en laissent pas compter dans ce film !
Enfin, la B.O de Riz Ortolani est à tomber, lorgnant vers les standards du Blues américain. Du lourd qui accompagne avec classe et décontraction Thomas et Don Antonio dans leur chasse sans pitié ! En somme ce Conseiller vaut vraiment le détour et on ne peut que saluer les éditeurs qui déterrent ces pellicules Bis complétement oubliées.
Le thème principal de Riz Ortolani : https://www.youtube.com/watch?v=chN-B2OvZK0
La B.O. : https://www.youtube.com/watch?v=Nk5pd7FSZlI