La dictature du plomb pour l'anarchie de l'or


La pire des corruptions n'est pas celle qui brave les lois ; mais celle qui s'en fait à elle-même.



Le courrier de l'or est le cinquième des sept westerns réalisés par Budd Boetticher en association avec le comédien Randolph Scott durant une période située de 1956 à 1960. Un film au scénario agréable qui s'éloigne d'une intrigue vengeresse (sous-genre que le cinéaste a beaucoup exploré avec Randolph Scott avec Le vengeur agit au crépuscule, La chevauchée de la vengeance, Comanche Station...) pour se centrer sur un récit intelligent bien que facile sur quelques points, que l'on doit à la courte durée de vie de celui-ci (68 minutes) qui favorisent le rythme mais réduit la pertinence de son propos. 68 minutes allègrement servies en action et en scènes puissantes (la scène de la diligence, ou encore la mort d'un des personnages principaux) avec une violence assez prononcée autant dans le fond, comme durant la séquence du restaurant avec le cuisinier détestable, que dans la forme avec une brutalité qui sans être excessive s'avère assez impitoyable. Les sous intrigues romantiques apportent un peu plus de dramatisme qui se fondent parfaitement au récit.


L'histoire est située en 1864 durant la guerre de Sécession, le capitaine John Hayes (Randolph Scott) est choisie pour devenir le directeur de l'Overland Stage Company. Un point de départ favorable pour créer de multiples péripéties avec le transport de fond en diligence mis en place pour alimenter l'armée nordiste, que les sympathisants du sud tenteront à tout prix de stopper afin de voler l'or pour l'armée des confédérées. Un scénario simple au propos séduisant dans lequel on explore la construction d'une entreprise de transports avec son bureau de poste, le recrutement de salariés, ainsi que la confrontation contre les entreprises annexes. Le courrier de l'or est visuellement bien fichu avec une mise en scène concise mais clairement appuyée par un budget un peu plus conséquent qu'à l'habitude ce qui a pour conséquence d'afficher une belle colométrie avec des décors assez solides. La partition musicale de David Buttolph m'a étonnamment surpris, une composition appréciable qui fonctionne avec les différentes actions proposées.


Randolph Scott en tant que John Hayes est un personnage dramatiquement étoffé que le comédien grace à son talent d'incarnation va rendre encore plus conséquent avec des péripéties le mettant intelligemment en valeur. Michael Dante en tant que Rod Miller, jeune soldat rapatrié car amputé d'un bras suite à une blessure, est de loin le personnage le plus intéressant. Hanté par son handicap qui va se révéler être pour lui un véritable traumatisme autant de part le regard sous pitié de sa femme, que dans son rôle amenuisé d'homme dans la vie active. Malheureusement, la durée d'apparition de ce personnage est trop brève. La comédienne Karen Steele sous les traits de "Jean", la femme de Rod, apporte une dramaturgie sous consonance adultère avec John Hayes. Andrew Duggan incarne Clay Putman un personnage ambigu richement fourni en tant qu'ancien agent devenu un homme riche qui s'est entouré de gros bras avec en tête : "Mace" (Michael Pate), un tueur impitoyable qui pour pour fournir l'armée des confédérées fait équipe avec l'ancien agent. La dualité entre Clay Putman et John Hayes est saisissante grace au passif complexe et nuancé liant les deux hommes puisque Clay a épousé l'ancienne femme d'Hayes : "Norma", incarnée par Virginia Mayo.


CONCLUSION :


Le courrier de l'or réalisé par Budd Boetticher en association pour la cinquième fois sur sept avec le comédien Randolph Scott est un western divertissant présentant un récit intelligent bien que limité par son format, alimenté d'une réalisation appréciable. Un film distrayant explorant la création d'une entreprise dans un environnement instable qui tout de même compte quelques défauts artistiques et scénaristiques qui ne sont heureusement pas suffisants pour rendre l'expérience insupportable.


L'avoine fait le cheval, le courage les héros, le plomb la guerre, et l'or l'anarchie.

Créée

le 30 mai 2021

Critique lue 349 fois

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