On peut passer des heures à expliquer par A+B pourquoi une œuvre est parfaite sur un plan technique, qu'elle est formellement qualitative, si l'alchimie ne prend pas, l'alchimie ne prend pas.
On - dans le sens le plus large du pronom personnel - a beau me dire que tel film est une révolution, la quintessence d'un art , l'aboutissement de toute une vie ou le chef-d'œuvre d'un auteur, rien n'y fera, je peux - et sans complexe aucun - prendre plus de plaisir devant un bon nanar.
C'est une chose de vouloir mettre en avant des œuvres qui nous ont marqués par leurs qualités, c'en est une autre de vanter les mérites de ce que l'on a estimé mauvais, suffisamment pour y prendre du plaisir.
Il y a beaucoup à dire au sujet de la pratique qui consiste à visionner un nanar - les plus sociologues d'entre vous s'en chargeront - en ce qui me concerne, je considère que cette pratique, celle de regarder un film - intentionnellement - mauvais a tout à gagner dans sa dimension collective.
Combien de fois me suis-je dis au regard du visionnage d'un film affligeant que j'aimerai pouvoir en rire... avec d'autres ?
J'ai la conviction que tout spectateur, même non cinéphile, peut se joindre à cette expérience.
Alors, quand on me donne l'occasion de voir un nanar en salle, entouré de spectateurs qui viendront précisément pour cela, je suis conquis.
Je vais te refaire l'anus de singe modèle post-apocalyptique !
Si ce film était un pote, ce serait ce pote qui fait des blagues nulles mais qui me font rire malgré tout, malgré l'usure des années et la redondance de son humour.
J'ai visionné ce film en VF. Cette précision n'a d'utilité que si on prend en compte le doublage.
Je ne dirai pas, à propos de ces doubleurs et personnes responsables des dialogues qu'"ils s'en donnent à cœur joie".
Non, je ne le dirai pas puisqu'ici, le niveau est tout autre.
"Ils balancent de la punchline et des dialogues cultissime à la seconde comme si leur vie en dépendait " me paraît être plus révélateur.
Petit florilège...
Ne dites pas : "Tu t'es bien fais avoir par cette personne à la coupe afro maîtrisant les arts martiaux"
Mais dites : "Tu t'es fais marron par un nippon"
Ne dites pas "Hé bonjour tout le monde, je fais une entrée super classe dans ce dojo discount"
Mais dites : "Ça coince dans le larynx"
Ne dites pas : "Tu me le paieras cher, fieffé gredin, on se retrouvera et je te ferai la peau"
Mais dites : "Rendez vous dans les égouts"
Super Freak
Le méchant ?
Un sosie de Gérard Jugnot avec la voix d'Eddy Vailiant - m'a t-il semblé- magnifique de kitsch tout comme...
Le Rick James (merci Mjolnir37 pour la trouvaille) version soldée éco+ au doux nom de Sauvage qui surjoue délicieusement et représente une menace pour notre héros.
Héros sans poils au pinceau mais qui maîtrise les arts martiaux !!
Un chinoir de qualité en somme.
Sa force n'a d'égal que sa capacité à se désintéresser de la femme qui le drague, la célèbre Laura Charles - vedette de télévision - qui est la cible de Jugnot (en tout cas moi, je trouve qu'il lui ressemble), pour aller zyeuter Jacky Chan ou Bruce Lee.
Un héros farpaitement farpait dont le doublage français perfectionne de manière certaine cette perfection. Cette voix -ô grands dieux- cette voix.
Je ne peux me résoudre à ce que tout cela ne soit pas conscient.
Il doit y avoir malgré tout un certain recul, quelque part, de la part des gens qui ont fait ce film...
Oui, certains éléments ont l'air d'avoir été travaillés pour être drôle.
Ou peut-être suis-je pas rano.
Mon rire, durant le visionnage était empreint de bienveillance et de reconnaissance pour un film qui, non seulement m'a fait vivre une expérience collective -on y revient- intense mais également a provoqué en moi une affection immédiate.
Nanar - point d'interrogation et d'exclamation -/100