Dans un monde post-apocalyptique où la nature sauvage est restée somptueusement intacte, un saltimbanque fuit une guerre dont on ne sait rien, si ce n'est que l'Amérique du Nord y est férocement engagée. Habillé comme Chaplin, il erre dans le désert et rencontre de rares personnages semblant sortis de nulle part, où plutôt d'un mauvais rêve, tous plus paumés, inquiétants et prophétiques les uns que les autres.
Tout à la fois film d'anticipation flirtant avec le fantastique, brûlot politique, western contemplatif, délire mystique à la Terrence Malick, conte horrifique façon David Lynch, cette oeuvre, d'une beauté plastique de chaque plan spectaculaire, est une allégorie pure. Fuyant tout didactisme, elle évoque plus qu'elle ne raconte, laissant le sens remonter à sa surface vaporeuse comme une brume insidieuse. Pour l'appréhender, il faut s'abandonner à sa splendeur, se laisser porter par son spleen mortifère, guetter les indices (une citation, une voix à la radio, des images projetées), saisir les symboles, s'abandonner finalement à l'hypnose d'une épopée lente et violente qui parle du monde d'aujourd'hui et de demain.
Tout est à l'image et entre les lignes en même temps. Très peu de dialogues, presque rien n'est dit, et pourtant tout semble désespérément limpide. Comme un poème mystérieux qui révélerait sa signification souterraine par les sortilèges de sa forme envoûtante et sublime.