Ainsi donc Le déserteur est une fable allégorique qui se voudrait odyssée poétique. Cela, ce sont les intentions. Elles sont assez claires d'ailleurs, contrairement au récit, beaucoup plus aléatoire, censé décrire l'errance d'un homme qui gagne sa vie dans les concours d'imitateurs de Chaplin, après avoir fui son pays, le Canada, pour son voisin du sud. Sur l'air de la guerre, c'est moche mais le capitalisme n'est pas beau non plus, le film laisse notre héros désorienté aux prises avec une humanité inhumaine au fil de rencontres qui se passent en général très mal. Les paysages américains, façon western, sont très beaux mais nulle émotion ne perce dans cette dérive aux visées très démonstratives qui se marient laborieusement avec des péripéties dont le but semble d'infliger le plus de sévices possibles au personnage principal, seule lumière dans ce sinistre théâtre d'ombres. Maxime Giroux, qui avait signé un très joli Félix et Meira, brouille les repères spatiaux et surtout temporels pour apparemment mieux parler de notre époque, ce qui est son droit, mais si c'est pour nous affirmer que l'homme est un loup pour l'homme, notamment en Amérique, merci à lui mais tout individu socialement intégré en a la démonstration chaque jour. La subtilité de ce Déserteur n'est pas vraiment sa qualité première avec par ailleurs des acteurs français dans les seconds rôles dont on se demande ce qu'ils sont venus faire dans cette galère. On plaint surtout Soko dont le rôle canin est assez dégradant. Moyennant quoi, elle disparait assez vite (comme le personnage vague incarné par Reda Kateb) sans que cela semble perturber le héros du film ou ses auteurs du susdit. Le spectateur, lui, hélas, n'en peut mais. Le cinéma auteurisant, quand il a cette prétention, peut vraiment être horripilant.