Ancêtre des "Un coupable idéal", "The jynx" et autres "Making a murderer", et plus généralement de tous les docu consacrés aux faits divers (dont le chef de file en France "Faites entrer l'accusé"), "The thin blue line" mérite assurément le visionnage, ne serait-ce que pour cette raison - même si le film souffre d'un rythme beaucoup plus lent que ses successeurs, pour les spectateurs contemporains que nous sommes.
Mais le documentaire d'Errol Morris a surtout la particularité d'avoir contribué à innocenter son "sujet", un homme accusé d'avoir abattu un policier et emprisonné depuis des années.
Incroyable destin pour ce film, et magnifique récompense pour l'investigation rigoureuse de son auteur. Cela dit, le prévenu se montrera suffisamment ingrat pour faire un procès à Morris ultérieurement, pour de sombres histoires de gros sous.
Sur la forme, Errol Morris choisit de rester lui-même hors-champ, filmant chaque intervenant de la même manière, et proposant une reconstitution des faits stylisée mais désormais assez ringarde, relevée par la musique électrisante de Philip Glass.
On reste bluffé par la liberté de ton presque indécente (la meuf perchée, mariée à un black) et la franchise candide (le VRP toxico) de certains témoins, et on constate une fois de plus à quel point la justice américaine semble peu digne de confiance.