Dead End Drive-in se situerait, dans la mythologie australienne apocalyptique de Mad Max (George Miller, 1979), quelques années avant le premier opus : le métier d’épaviste situe d’emblée le chaos sur le terrain automobile, que le scénario fige astucieusement entre les murs d’un cinéma de plein air reconverti en « goulag de pop culture », selon les termes du réalisateur, prison à ciel ouvert faisant office de cimetière pour jeunes automobilistes paumés. Nulle course-poursuite ici, sinon celle qui se laisse désirer une heure durant par notre protagoniste : le vol des roues, le sabotage du moteur, l’absence d’un niveau d’essence suffisant constituent autant d’étapes initiatiques au terme desquelles le surnommé Crabs gagnera une indépendance tant physique que statutaire, renonçant à l’ombre du grand frère pour devenir un héros solitaire.

La mise en scène somptueuse de Brian Trenchard-Smith sait tirer profit d’un décor qui n’a a priori pas grand-chose de cinématographique – sinon qu’il sert à projeter le cinéma – mais que les spots et néons éclairent de différentes couleurs, tout comme la teinte crépusculaire apportée par un filmage en fin de journée. En cela, le long métrage rend un vibrant hommage à l’institution du drive-in alors sur le point de disparaître en l’abordant tel un objet esthétique à proprement parler : bastion du cinéma de genre et de la marginalité artistique, il se change en décharge sublime pour épaves bombées de slogans et symboles, abstraction située hors du monde et pourtant au cœur des préoccupations politiques du moment (succès des discours racistes, sentiment de repli identitaire, peur de la jeunesse, État policier…). La bande originale rock ’n’ roll accompagne l’ensemble avec énergie et irrévérence. Une pépite !

Créée

le 20 août 2026

Critique lue 14 fois

Critique lue 14 fois

1

D'autres avis sur Le Drive-in de l'enfer

Le Drive-in de l'enfer

Le Drive-in de l'enfer

8

Fêtons_le_cinéma

le 20 août 2026

Suivre

« C’est l’époque qui veut ça »

Dead End Drive-in se situerait, dans la mythologie australienne apocalyptique de Mad Max (George Miller, 1979), quelques années avant le premier opus : le métier d’épaviste situe d’emblée le chaos...

Le Drive-in de l'enfer

Le Drive-in de l'enfer

8

DavidRumeaux

le 22 sept. 2023

Suivre

Le drive-in de l'enfer !

Dans un futur déjà passé, le monde a basculé. Guerre nucléaire, crimes, virus, inflation... la criminalité a explosé, et deux jeunes décidents malgré tout d'aller dans un drive-in. Pas de bol, alors...

Le Drive-in de l'enfer

Le Drive-in de l'enfer

2

jenanaipa

le 21 mars 2025

Suivre

vodkaster is dead.

Un scénario débile, un acteur principal transparent, dont on se fout royalement, film mou du genou et passablement ennuyeux.

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

le 1 févr. 2023

Suivre

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

le 19 janv. 2019

Suivre

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

le 11 sept. 2019

Suivre

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...