Dead End Drive-in se situerait, dans la mythologie australienne apocalyptique de Mad Max (George Miller, 1979), quelques années avant le premier opus : le métier d’épaviste situe d’emblée le chaos sur le terrain automobile, que le scénario fige astucieusement entre les murs d’un cinéma de plein air reconverti en « goulag de pop culture », selon les termes du réalisateur, prison à ciel ouvert faisant office de cimetière pour jeunes automobilistes paumés. Nulle course-poursuite ici, sinon celle qui se laisse désirer une heure durant par notre protagoniste : le vol des roues, le sabotage du moteur, l’absence d’un niveau d’essence suffisant constituent autant d’étapes initiatiques au terme desquelles le surnommé Crabs gagnera une indépendance tant physique que statutaire, renonçant à l’ombre du grand frère pour devenir un héros solitaire.
La mise en scène somptueuse de Brian Trenchard-Smith sait tirer profit d’un décor qui n’a a priori pas grand-chose de cinématographique – sinon qu’il sert à projeter le cinéma – mais que les spots et néons éclairent de différentes couleurs, tout comme la teinte crépusculaire apportée par un filmage en fin de journée. En cela, le long métrage rend un vibrant hommage à l’institution du drive-in alors sur le point de disparaître en l’abordant tel un objet esthétique à proprement parler : bastion du cinéma de genre et de la marginalité artistique, il se change en décharge sublime pour épaves bombées de slogans et symboles, abstraction située hors du monde et pourtant au cœur des préoccupations politiques du moment (succès des discours racistes, sentiment de repli identitaire, peur de la jeunesse, État policier…). La bande originale rock ’n’ roll accompagne l’ensemble avec énergie et irrévérence. Une pépite !