J'ai été un peu laissé sur ma faim par ce Naruse, au ton mélo-dramatique qui cache des difficultés bien réelles pour les femmes de l'après-guerre. Le film a véritablement deux parties. Dans la première, on suit le quotidien d'une hôtesse de bar et mère célibataire, jouée par la super-star de l'époque Kinuyo Tanaka. Elle mène sa barque tant bien que mal, entourée par une pluie de problèmes : des clients qui ne payent pas, un ancient amant sans le sou, un riche libidineux, un mauvais chanteur... Le tout avec la menace d'une fermeture du bal où elle travaille. Une femme forte entourée d'hommes bons à rien : il y a beaucoup de Mizoguchi dans le film, qui plus est pour un sujet (la prostitution ou apparentée) qu'il traitera plus tard et plus tragiquement dans La Rue de la honte. Dans la seconde partie, elle fait la connaissance d'un jeune provincial bien sous tous rapports, cultivé qui plus est (il connaît Maupassant!) à qui elle fait visiter Tokyo pour le compte d'une de ses amies. Elle se rapproche forcément de ce jeune homme, et se met à espérer une relation avec lui, bien que cela semble impossible au vu de la différence d'âge. Mais l'espoir fait vivre... jusqu'à ce qu'elle comprend qu'il est tombé amoureux de sa jeune amie. Elle se recentre donc sur son fils, qu'elle avait plus ou moins laissé pour compte et qui avait en plus disparu le temps d'un après-midi. Une étoile cachée dans cette galaxie de lumières blafardes qu'est Ginza. Tout est bien qui finit pas si mal.
Le ton léger du propos, à la Ozu (en rajoutant les plans à la Ozu en plus) tranche foncièrement avec le sujet du film, créant un produit presque surréaliste, en tout cas idéalisé et édulcoré. Tout en étant moralisant et transpirant d'optimisme. J'imagine qu'une des inspirations principales du film vient du néo-réalisme italien, et en ce sens c'est plutôt réussi, même si la misère sociale n'est jamais explicitement montrée à l'image. Historiquement, le film est toutefois intéressant avec une visite des rues de Tokyo au début des années 1950 : mêmes noms de quartier qu'aujourd'hui, mais quartiers totalement différents en termes d'architecture et d'ambiance. Ginza, aujourd'hui quartier luxueux de Tokyo, était alors un lieu de débauche rempli de cabarets aux noms occidentaux (le bar s'appelle d'ailleurs Le Bel Ami, en français dans le texte).