Ginza cosmetics (aussi désigné en français sous le titre le fard de Ginza) est réalisé en 1951 par Mikio Naruse et produit par la Shintoho fondée 4 ans auparavant. L’actrice principale du film, Kinuyo Tanaka, très grande actrice et très grande star de l’époque, a décidé, après un voyage très décrié aux Etat Unis en 49, de quitter la Shochiku et de devenir une actrice indépendante. Actrice très prolifique, elle est en tête d’affiche des trois films les plus connus de Mizoguchi, la vie d’O’Haru femme galante en 52, les contes de la lune vague après la pluie en 53 et l’intendant Sansho en 54. Elle est également la deuxième japonaise à se lancer dans la réalisation avec Love Letter en 53. Cette production foisonnante autant en quantité qu'en qualité fait parfois un peu d’ombre à ses trois belles collaborations avec Naruse dans les années 50 dont la première est Ginza cosmetics.
Le film retrace quelques jours dans la vie de Yukiko hôtesse dans un bar de Ginza et mère célibataire. Sans réel intrigue, le film tient plus du portrait d’une femme dans le Japon d’après guerre dont le fil rouge est le renoncement aux rêves de jeunesse auquel fait écho la relation de Yukiko avec un ancien client. La réalisation sans artifices et très efficace de Naruse teint la plupart des moments sombres du film de douceur, et le film tend à plusieurs reprises vers la comédie surtout grâce au personnage du fils de Yukiko. Le film est donc loin d’une vision sordide de l'après-guerre sans être pour autant d’un optimisme naïf. Certains plans tournés en extérieur nous montrent ainsi les ruines de la ville mais sans s’y appesantir. Le film penche malheureusement un peu vers le moralisme à la fin.
La performance de Tanaka est, elle, par contre, parfaite du début à la fin. Elle épouse à merveille le ton doux-amer du film, elle donne au personnage à la fois une certaine légèreté et une belle opiniâtreté. Sans craindre les contradictions, elle campe une amie loyale et sans jugement mais une collègue avec une certaine supériorité morale. Cette ambiguïté lui permet de négocier le tournant moraliste du film sans trahir son personnage. Autour de ce personnage principal gravitent de nombreux personnages secondaires rendant compte d’une société en reconstruction et en mutation.
Très beau portrait de femme, le film laisse toute l’amplitude à Kinuyo Tanaka d’exprimer son talent. Un jeu subtil qui s’étend sur de nombreux registres, comme le film qui rend compte du quotidien de l'après-guerre dans ce qu’il a de plus triste mais aussi de joyeux.