Quarante ans déjà que le policier Axel Foley débarquait sur les écrans. Au plus fort de sa gloire, l'ancien humoriste Eddie Murphy profitait des succès de 48 heures et d'Un fauteuil pour deux pour tenir le haut de l'affiche de cette comédie policière qui, avec son mélange d'humour potache et d'enquête criminelle, participait à lancer la mode des buddy movies, trois ans seulement après 48 heures et un an avant L’Arme fatale. Pourtant pas beaucoup d'action dans ce premier opus confié à Martin Brest (le futur Midnight run), mais une volonté évidente de se démarquer du tout venant des polars à la Clint Eastwood ou Walter Hill par la mise en valeur d'un flic aux origines afro-américaines, chose toujours rare à l'époque, même depuis Dans la chaleur de la nuit.


L'idée du film passe d'abord dans la caractérisation originale de son héros, parfait tremplin cinématographique pour son interprète, entre l'humour d'Un fauteuil pour deux et le sérieux de 48 heures. Tchatcheur, blagueur, et aussi rusé qu'intrépide, Axel Foley est un personnage à part dans la culture populaire. Il suffit de voir cette séquence où il débarque au Beverly Palm Hotel pour qu'on puisse cerner le "concept Axel Foley". Son sens de la répartie, sa grande gueule, son art de l'imposture et son aisance à duper ses interlocuteurs en font non seulement un personnage original mais aussi un modèle évident pour bon nombre de stars cinématographiques qui ont suivi. Aussi des acteurs/souvent ex-humoristes tels que Martin Lawrence, Chris Tucker ou encore Damon Wayans se seront largement inspirés d'Eddie Murphy pour composer certains de leurs rôles.

La mise en présence d'un duo de flics chargés de le surveiller pendant tout son séjour sous le soleil californien poussera le film dans les sentiers du buddy movie. Véritables Laurel et Hardy de la police, Rosewood et Taggart s'avèrent être des personnages essentiels au film par la sympathie progressive qu'ils inspirent tout au long de l'intrigue.


L'autre grande idée du film est de situer son intrigue dans un environnement branché, concentrant tous les fantasmes de réussite et de célébrité des années 80 : Beverly Hills.

Le fait que le film débute à Detroit, ville sinistrée par excellence et située à l'autre bout des États-Unis, n'est bien sûr pas un hasard, les deux villes sont aux antipodes et leur comparaison permet sans trop de sérieux à Martin Brest de souligner le goufre économique et social qui les sépare. En passant de l'une à l'autre, Axel Foley se fait le référent du spectateur de l'époque et le témoin du déséquilibre de l'Amérique reaganienne. Cela donne lieu à pas mal de scènes et de dialogues savoureux lors desquels Foley s'étonne souvent du mode de vie luxueux des privilégiés californiens et les tournent souvent en dérision. Entre les flics serviles, les commerçants de luxe et les valets obséquieux, tout n'est pourtant pas superficiel à Beverly Hills et Foley se verra finalement appuyé dans sa croisade vengeresse par les mêmes policiers chargés de le garder à l'oeil.


Dès le lancement du film, les scènes mémorables défilent : de la course-poursuite d'ouverture à la fusillade finale, en passant par le meurtre de Mickey, l'arrivée à Beverly Hills, l'expulsion musclée d'Axel par la vitrine, le coup de la banane dans le pot d’échappement, la scène des douanes et celle du strip club. Très peu d'action dans tout ça mais une enquête accrocheuse, soutenue par une BO riche en morceaux mémorables (The Heat is on
de Glenn Frey) et dont on retiendra bien évidemment ce thème mythique au synthé, composé par Harold Faltermeyer, le Hans Zimmer de l'époque (Zimmer fut d'ailleurs un de ses assistants).


Loin d'accaparer l'écran à lui seul, Eddie Murphy s'entourait d'une distribution de qualité. Outre le jeune Judge Reinhold et le bougon John Ashton, tous deux excellents dans le duo mal assorti qu'ils forment à l'écran, on soulignera bien sûr les prestations de Ronny Cox, dans un rôle à l'opposé des méchants qu'il incarnerait pour Paul Verhoeven, de Jonathan Banks, futur Mike de Breaking Bad et Better Call Saul, ici parfait en homme de main ombrageux, et du mésestimé Steven Berkoff, dans son rôle de richissime homme d'affaires cachant ses activités de trafiquant. Les quelques subtilités de jeu qu'il confère à son personnage (voir la scène où il considère Foley lorsque ce dernier est détenu dans l'entrepôt par ses hommes de main) suffit à épaissir un rôle de méchant au demeurant archétypal. Sont aussi de la partie Paul Reiser, un an avant Aliens et remarquable dans son rôle d'empoté, l’injustement oubliée Lisa Eilbacher en amie d’enfance (pas de romance interraciale ici), l'inoubliable Gilbert R. Hill en chef d'Axel (et par ailleurs véritable policier), Joe Russo en pote à venger, l'honorable Stephen Elliott, ancienne guest de Columbo, Bronson Pinchot en caricature de galeriste, ainsi que le jeune Damon Wayans dans une fugace apparition en groom efféminé. Les cinéphiles les plus curieux remarqueront enfin que le film emploie aussi trois futurs acteurs du Total Recall de Verhoeven (Ronny Cox, Michael Champion et Michael Gregory).


Figurant parmi ces classiques indémodables des années 80, au même titre que L’Arme fatale et Die Hard, Le Flic de Beverly Hills se revoit toujours avec plaisir et beaucoup de nostalgie. Il compte d'ailleurs parmi les films de mon enfance, parmi ceux que j'ai le plus revus, avec le second opus, plus énergique mais un peu moins réussi. Le troisième opus n’existe pas (une légende dit le contraire) et le quatrième sorti l’an dernier fait office d’arlésienne sympathique mais dispensable. Comme souvent dans ces franchises des 80’s, le premier reste le meilleur.

Créée

le 27 avr. 2025

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