Tiens, moi qui me plains régulièrement des traductions des titres en français, voilà qu'il est presque surprenant que Le jardin du diable soit effectivement la traduction de Garden of evil en V.O.
Gary Cooper. Richard Widmark. Voilà déjà deux excellentes raisons d'aimer Le jardin du diable. Et n'oublions pas Susan Hayward, qui y est très bien dans un très beau rôle.
C'est un western de la tendance de L'Appât : un groupe disparate, l'appât du gain, et chacun ses raisons. Le tout perdu dans une nature hostile, dont la séparation avec le monde "civilisé" est marquée, comme un avertissement, par une crevasse qu'il faut franchir d'un bond de sa monture, au-dessus d'un précipice mortel. Et l'un des dangers, le pire sans doute, est l'indien, l'apache sur le sentier de la guerre, qui fait donc partie des catastrophes naturelles.
Pour autant, Le jardin du diable n'a rien d'une redite : ayant trop besoin de collaborer pour survivre, ces hommes peuvent bien se disputer, ils doivent faire primer la collaboration malgré tout.
Le côté étude de caractère est forcément déséquilibré par les trois stars du casting. On notera cependant que le personnage mexicain n'a pas la veulerie qu'on lui donne d'emblée comme une évidence dans beaucoup de westerns. Et que le personnage de Cameron Mitchell n'est pas non plus le cliché que l'on attendait.
Le personnage le plus intéressant reste celui de Widmark, joueur professionnel qui n'hésite pas à mettre jusqu'à sa vie en enjeu, faux cynique mais vrai grand coeur.
Gary Cooper joue le héros droit dans ses bottes, minéral, monolithique. C'est finalement lui le personnage le plus "cliché" de l'ensemble.
C'est la troisième fois que je vois ce western, et je le tiens pour l'un des grands. Il y a une grande tension qui naît des individualités qui s'opposent, et aussi de cette nature hostile et d'un environnement construit comme un piège se refermant sur les personnages. Et sa noirceur tient au fait que son côté moralisateur provient plus de la nature humaine en général que des individus que l'on a sous les yeux. Après tout, Gary Cooper est le héros sans peur et sans reproche, c'est entendu, mais n'est-il pas vrai aussi qu'il est là parce qu'il a succombé à l'attrait de l'or, en premier lieu?