Ce soir, petit blockbuster catastrophe, sans ambition intellectuelle autre que “faire des gros dégâts avec des gros effets spéciaux”. Roland Emmerich oblige. Je connaissais le bonhomme pour Independence Day (que j’aime bien, parce que c’est honnête dans sa connerie) et 2012 (que je déteste, parce que c’est malhonnête dans sa connerie). Je savais donc à quoi m’attendre : apocalypse XXL, science approximative, personnages en carton, cerveau laissé au vestiaire. Objectif affiché : ne pas se prendre la tête. Même là, je suis déçu.
Sur le papier, Le Jour d’après coche pourtant toutes les cases : des images impressionnantes, une esthétique glacée plutôt réussie à mesure que le froid progresse, et même une intention écologique louable. Le problème, c’est que le message est martelé avec la subtilité d’un marteau-piqueur. À force de vouloir nous expliquer que “la planète va mal”, le film finit par donner envie de rouler au diesel en laissant le moteur tourner.
Mais le vrai souci, c’est l’absence totale de crédibilité. Et pas juste par moments : tout le temps. Une ère glaciaire mondiale qui s’installe en quelques semaines ? Pourquoi pas en un long week-end tant qu’on y est. Des personnages qui courent devant l’œil de l’ouragan sans geler ? Jake Gyllenhaal qui sauve sa copine de la vague géante à la dernière seconde ? Une température qui chute de 5°C par seconde, transformant l’air en congélateur express ? Plus c’est absurde, plus le film semble fier de lui. La physique abandonne. La logique démissionne. La science se suicide.
Côté scénario, on nage en plein kitsch. La structure est pourtant efficace : alternance bien rythmée entre catastrophes et scènes “humaines”. Sauf que voilà : je m’en fiche totalement des personnages. Leurs états d’âme, leurs romances, leurs micro-dramas sous zéro degré… rien ne prend. Les scènes passent de “tu me rends ma main ?” à “je te réchauffe avec la chaleur de mon corps” pour finir en baisers devant la cheminée. On devine chaque dialogue dix minutes à l’avance. L’émotion est aussi tiède que le scénario est gelé.
L’attaque des loups, parlons-en. Sur le moment, c’est sympa, ça change, ça mord un peu. Mais scénaristiquement, ça sort de nulle part. Une micro-scène inutile nous informe que des loups se sont échappés, uniquement pour justifier une attaque de loups plus tard. Ce n’est pas une idée, c’est un alibi. On sent le scénariste dire : “ce serait cool, des loups, non ?” — et personne n’a osé répondre non.
Les personnages, eux, sont désespérément unidimensionnels. Le vice-président a une évolution qu’on voit venir depuis l’orbite terrestre. Certains personnages sont stupides à un niveau quasi militant (“on ne va pas brûler des livres !”), d’autres sont juste là pour remplir une fonction. Le film préfère consacrer un temps infini à la tentative de sauvetage d’un fils par son père, comme si c’était là le cœur émotionnel de l’apocalypse. La survie urbaine en conditions extrêmes est réduite à une toile de fond décorative pendant qu’on s’inflige des dialogues paternels lourdingues, des regards pleins d’espoir et une quête aussi prévisible que pénible.
Et puis il y a le triptyque préféré d’Emmerich : symbole, message, destruction — au marteau. La Statue de la Liberté figée sous la glace, cheveux givrés, regard tragique, comme si elle sortait d’un salon de coiffure en Sibérie, résume à elle seule la méthode : rien n’est suggéré, tout est hurlé. Ensuite vient l’exode des Américains vers le Mexique, traité avec un sérieux confondant, comme si inverser les flux migratoires suffisait à produire une réflexion profonde. Le film croit faire preuve d’une audace politique incroyable alors qu’il se contente d’un renversement naïf, simpliste, moralisateur, brandi comme une évidence émotionnelle : regardez, c’est beau, c’est juste, c’est important — circulez, y’a rien à discuter.
Et pendant que le message s’agite comme un panneau publicitaire clignotant, Emmerich se fait plaisir avec son vrai hobby : la destruction massive. Vagues géantes, buildings pulvérisés, tempêtes impossibles, icônes américaines maltraitées avec amour. La ville n’est pas détruite parce que le récit l’exige, mais parce que le réalisateur en a envie, viscéralement. Ce n’est pas une apocalypse pensée, c’est une séance de défoulement filmée avec la délicatesse d’un gamin qui écrase ses jouets en criant “c’est pour la planète”.