Élégie du Moyen-Orient : mouvements aériens, captation des terres arides d'un continent insituable, martien, surnaturel. Alexander Sokurov développe son poème au gré des sensations, des humeurs, filmant un univers moite, solaire, serti de saillies et de moult détails décoratifs. Nous sommes au crépuscule de l'ère soviétique ( 1988 ) et Le Jour de l'éclipse pourrait-être n'importe lequel : aussi bien celui de l'aube de l'Humanité que celui de la fin des Temps. Intemporel, universel : définitivement insaisissable.


On comprend peu de choses si l'on appréhende l'écrin filmique de Sokurov du point de vue de la raison et/ou de l'intellect. Le cinéaste russe, marchant sur les traces de feu Andrey Tarkovsky, s'adresse davantage à notre capacité à ressentir des émotions, des impressions, des chocs haptiques : poème évocateur, probable film-cousin de Zerkalo tourné plus d'une décennie plus tôt Le Jour de l'éclipse désoriente notre regard de spectateur rudimentaire pour l'élever au rang de contemplateur âme-oureux des images et des sons. Film d'élévation spirituelle de forme composite et flamboyante celui-ci incorpore de somptueux plans sépias à un Noir & Blanc calciné, ponctué de quelques visions colorées joliment huileuses. Sokurov touche à la matière de ses images comme un bâtisseur multiplierait les échelles et les valeurs de ses plans, juchant, posant ou surplombant sa caméra comme un oeil omniscient planant par-delà un objet de cinéma littéralement inclassable.


Le Jour de l'éclipse ne peut en fin de compte ni réellement se résumer, ni encore moins se raconter : on y assiste à un concert de plans, de sons et de musiques au coeur duquel un médecin rédige d'étranges comptes-rendus sur une ravissante batteuse, coincé dans un appartement ressemblant à un curieux capharnaüm ; on y voit entre autres choses un petit garçon en proie à une maladie rétinienne, des autochtones errant parmi les rues ensablées et d'immenses espaces désertiques fugacement traversés par des wagons-voyageur fantomatiques. Une beauté irréelle, morganatique perdure au sortir de cet inénarrable long métrage, indispensable pour qui aimerait se jeter à corps perdu dans l'Oeuvre prodigieuse de Alexander Sokurov. Unique.

stebbins
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le 16 mai 2021

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