Pas folle de ce western pourtant très original par son histoire, mais trop conventionnel dans sa deuxième partie et encombré de quelques clichés plus ou moins gênants.
9 avril 1865, dernier jour de la guerre de Sécession. Steiger est le fermier sudiste qui a tiré la dernière balle de la guerre. Rentré chez sa mère, il refuse la défaite des Confédérés et la bannière étoilée. Il décide de partir vers l'ouest et de devenir Sioux.
Le début est vraiment prometteur et original. J'aime bien cette première partie, de la révolte de O'Meara jusqu'à son arrivée dans une tribu de Sioux, en passant par la "course de la flèche", jeu cruel qui donne son titre au film ("Run of the arrow").
Les premiers clichés et détails incongrus commencent à partir de l'arrivée de O'Meara parmi les Sioux. Commençons par le ridicule involontaire, pas le plus gênant. O'Meara tombe amoureux d'une Sioux qui porte le drôle de nom de "Mocassin jaune", beaucoup moins sexy que le "Bison bleu" de Bronson. L'accumulation de couleurs sent le cliché quand même. J'attendais presque "Plume verte", "Cheval noir", "Tipi orange" ou "Slip à pois rouges" pour compléter l'arc-en-ciel. "Mocassin jaune" a un nom ridicule, ainsi qu'une robe hyper sexy (loin de la robe de l'affiche tout de même), très ajustée au niveau de la taille et de la poitrine, et un maquillage hollywoodien lourd et irréaliste (faux cils et sourcils surlignés). Normal, c'est Sara Montiel.
Passons aux hommes. "Buffle bleu", c'est Bronson, donc. Imaginez-le, roulant des mécaniques, avec son corps sculpté couvert de tan et les veines saillantes sur ses biceps qui sentent la muscu intensive à plein nez. Même quand il s'arrête de marcher, appuyé sur une jambe pendant que l'autre est légèrement fléchie, il continue de frimer. En fait, il ne s'arrête jamais de rouler des mécaniques. Normal, c'est Charles Bronson. Les hommes Sioux, tels des champions de bodybuilding, ont TOUS le même genre de corps sculpté et hyper luisant (?). Ça sent bon le bon gros cliché ! Il n'y a que Steiger, le blanc sudiste de la tribu, qui a un physique normal, avec ses kilos en trop et sa silhouette trapue.
Mais ce ne sont que des détails, plutôt drôles, pas vraiment gênants. Ce qui l'est plus, c'est que le film insiste sur le fait que O'Meara prend la peine d'apprendre la langue Sioux avec un éclaireur Sioux (affublé d'une invraisemblable perruque noire à la Jeanne d'Arc !) rencontré pendant son voyage dans l'ouest. Ce qui est surréaliste, c'est que cet éclaireur parle anglais avec un accent américain parfait, meilleur que Steiger ^^. O'Meara maîtrise donc bien la langue Sioux. C'est ce que le film nous dit, en tout cas. Parce qu'on ne l'entendra JAMAIS parler cette langue, en fait. Pire, TOUS les Sioux qu'il va rencontrer parlent parfaitement anglais, aussi bien (mieux ?) que lui, sans les erreurs grammaticales et le manque de vocabulaire auxquels on est habitués dans les westerns des années 50. On assiste donc à d'invraisemblables conversations riches, fluides et sans difficultés particulières entre des hommes et des femmes Sioux et un Américain de l'est, sans que ça ne pose de problèmes à personne. Ben moi, ça m'a posé un problème et ça m'a sortie du film. Pourquoi avoir pris la peine de préciser que O'Meara a fait l'effort d'apprendre une langue totalement inconnue pour n'entendre ensuite que de l'anglais ? Je préfère encore les westerns où tout le monde parle anglais comme si de rien n'était. Après tout, on y est habitués. Pourquoi Fuller a-t-il pointé la contradiction, quel est l'intérêt ?
La suite est plutôt prévisible, mais néanmoins intéressante : O'Meara va se retrouver au milieu d'un conflit entre les Sioux et les tuniques bleues. Sera-t-il du côté de son peuple d'adoption ou des Yankees qu'il hait ?
Dans cette deuxième partie, plus chargée en action, il y a une conversation calme et très intéressante entre O'Meara et un officier yankee.
J'ai aimé que Fuller nous montre des personnages humainement réalistes. Personne n'est ni bon ni mauvais. Ce qui est le plus original et ce que j'ai le plus apprécié, c'est que l'histoire nous montre les relations entre trois camps (le Sudiste rebelle, les Sioux et les Yankees) au lieu des deux habituels (les Américains contre les Indiens). Cette structure en triangle est beaucoup moins manichéenne et plus riche.
Je regrette quand même la fin trop conventionnelle avec la bannière étoilée.