«Yes I'm trying to seduce you Cmd»

Je commencerai cette critique en disant que pour moi il y a deux moteurs (correspondant chacun à une partie du film) et qu'ils n'ont pas la même intensité, pas la même capacité à nous attirer, à nous séduire. Ainsi la première partie du film m'a attrapé, ligoté et captivé et la seconde partie l'a admirablement complété mais avec un peu moins d'entrain, de puissance puisque le premier est de force constante tandis que le second s'allume lentement avant de s'emballer sur la fin. C'est une délicieuse histoire qui vous happe, parlant de tentation, de perte de contrôle, de fruits défendus et d'épopée traditionnelle/mythique ...

On commence par le retour du College (trois ans d'études supérieures destinées à donner un bagage global de connaissances donnant la possibilité de présenter une grande université) d'un jeune homme (Dustin Hoffman) un peu perdu devant l'horizon de son futur, qui ne sait pas où sont ses repères et supporte mal la pression constante, venant de ses parents et de leurs amis, qu'il sent peser sur ses épaules lors de la petite fête organisée en son honneur suite à son retour en tant que Graduate (étudiant ayant tout juste fini le College). C'est le moment choisie par Mme Robinson pour l'approcher, (ab)user de son autorité et influence à fin de le placer sous sa c(r)oupe de panthère, de puma, de cougar.

Tout le film repose alors sur l'abandon complet qui semble devoir devenir son quotidien alors qu'il prend peu à peu de l'assurance, de ses nouvelles relations et du besoin qu'il a de cette femme. Admirablement bien joué, avec une tension merveilleuse lors de la scène de la maison des Robinson, une chanson (Sound of silence) à couper le souffle (bien que son utilisation soit trop fréquente), nous sommes hypnotisés !

Vient alors la fissure lorsqu'il évoque lors d'une de leur nuit la fille de Mme Robinson : Ellaine ! Prenant alors le rôle de l'archétype de la belle-mère d'un conte de fée (qui tente d'empêcher par tous les moyens l'accès au bonheur de la jeune, pure et naïve demoiselle) ou celui de la mère protectrice (qui refuserait la dépravation pour sa fille, considérant qu'elle peut bien se souiller, elle, mais qu'elle ne laissera pas le corrompu toucher à la jeune fille) ou de l'autorité/peur/rejet catégorique de ce qui se rapproche de l'inceste !

Fissure qui deviendra fracture alors qu'il tente de rester loin d'Ellaine mais qu'il tombe finalement sous son charme, c'est alors l'obsession qui prend le pas sur la raison, celui qui était un cadavre envouté cherche à se mouvoir par lui-même alors qu'il en avait perdu l'habitude, il doit donc progressivement se réveiller, sortir de sa catatonie pour devenir le héros, le fou qui brule d'amour ...

Après réflexion il y a beaucoup d'éléments qu'on peut rapprocher du conte (entre la situation idyllique, puis la séparation, les obstacles, la quête et le final), voir du mythique (du fait de l'hyperbole de certaines situations notamment finales) mais c'est définitivement aussi un film complètement empreint d'une hypocrisie et d'un puritanisme américain : entre les beaux yeux, la fascination, la musique et les changements de rythme j'espère que personne ne se perdra en route puisque du salon à la chapelle, le film vaut le détour !
Cmd
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le 25 avr. 2012

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le 23 juil. 2012

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Cmd

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