Je me suis lancé comme défi de voir tous les films ayant remporté la récompense la plus importante du festival de Cannes depuis sa première édition achevée, en 1946. C'est uniquement pour cette raison que je suis allé ouvrir ce Livre d'image, dernier long-métrage de Jean-Luc Godard. En ce qui concerne le cinéma de ce dernier, autant il m'est arrivé d'apprécier au moins quelques séquences de ses films de la première moitié des années 1960, soit la partie de sa carrière la plus « grand public ». C'est surtout parce qu'il pouvait y avoir les présences de Jean-Paul Belmondo, d'Anna Karina, de Jean Seberg, de Georges Delerue, de Raoul Coutard — des artistes talentueux, dont les carrières sont fascinantes (et je remercie Godard d'avoir contribué fortement à les avoir mis en avant, voire de leur avoir donné leur chance pour les cas spécifiques de Belmondo et de Karina !). Après son tournant radical de la seconde moitié de cette décennie, j'avoue m'être totalement désintéressé des films de Jean-Luc, dont l'aspect volontairement désagréable peut en séduire certains, mais ne provoque chez moi qu'ennui.
Ce visionnage de ce long-métrage « documentaire » de 2018 me prouve au moins que le monsieur n'avait pas changé en un demi-siècle. J'ai entrevu qu'il voulait parler de la violence politique à travers les images, de l'impérialisme de l'Occident sur le monde, le tout à partir soit d'images d'archives, soit d'extraits de films, avec de très nombreuses disruptions visuelles et sonores : une image volontairement abîmée à coups de saturation extrême des couleurs, de contrastes poussés jusqu'à effacer les détails, de surexpositions ou, au contraire, d'assombrissements bien prononcés.
Alors, peut-être que l'ensemble est un palimpseste de toutes les créations passées du réalisateur ; peut-être que ses admirateurs ont été aux anges, qu'ils y ont compris quelque chose que je n'ai pas compris et que je n'ai pas eu la volonté de comprendre, tant j'ai été peu intéressé. Il y a des instants où le marmonnement d'une voix de vieillard — semblant avoir fumé toute la production de cigares cubains depuis l'arrivée de Castro au pouvoir — paraît prêt à énoncer une parole pleine de sagesse, pertinente ; mais c'est à chaque fois coupé par une disruption. En conséquence, pour atténuer l'indifférence que j'ai éprouvée à regarder le tout, je me suis amusé à essayer de reconnaître de quel film provenait tel extrait. C'est la seule chose à laquelle je sois parvenu à m'accrocher.
Bref, j'ai toujours des milliers de films, des centaines de filmographies de cinéastes susceptibles de me plaire à explorer. Que le reste de mon existence terrestre soit court ou long, je n'aurai jamais le temps d'entreprendre pleinement ce vaste travail de découverte. Il me faut inévitablement être sélectif. C'est pour cela que je ne perdrai plus mon temps avec Jean-Luc. Je laisse ce plaisir à d'autres. Sur ce, je vais me faire la petite poignée d'œuvres récompensées à Cannes que j'ai encore à voir.