Alors, c'est ça, la palme d'or spéciale 2018 ?
C'était une blague, non ? Ou l'inauguration de l'aile gériatrie du Palais des festivals ? Histoire qu'on stimule les maigres capacités motrices et sensorielles des seniors devant un atelier mixage / montage en train de foirer ?
Non ?
Non, mais, c'est fou ce que la critique intellectualisante peut cacher derrière le vocable "expérimental"... Parce que là, je pense qu'on a touché le fond. Car je me suis demandé, toutes les deux minutes, à force d'écran noir prolongé, si ma réception satellite n'était pas en train de se faire la malle, où si mon écran plat n'était pas déjà en train de rendre l'âme alors que je l'avais à peine installé. Heureusement que cela passait à 22h30, car sinon, sûr que j'aurais inondé le service après-vente de coups de fils hostiles et courroucés.
Pareil pour le son, l'oeuvre devenant muette de temps à autres, histoire que l'on lève le nez et que l'on constate que les images aux couleurs saturées saccadent, changent subitement de format, seulement juxtaposées, dans des psalmodies absconses en toutes les langues.
Le Livre d'Image, c'est exactement ça : un découpage collage cul par dessus tête. Qui annone, qui plaque des pseudos réflexions sur des bouts de film en total décalage. Cela se veut une méditation, un discours docte volontairement impénétrable pour repousser, sans doute, les idiots de mon espèce, et pour souligner à quel point il n'y entrave rien au septième âââârt. Celui avec les accents circonflexes qui sortent de la bouche ronde, celle qu'on sort en société pour dire combien on a apprécié alors qu'en privé, on n'a rien entravé.
A moins que ce ne soit un doigt d'honneur revendiqué ? Une chronique du siècle ? Une représentation par l'image du fait que la vieillesse est un naufrage ?
Manque de bol, Le Livre d'Image, cela passait sur Arte à la suite d'A Bout de Souffle, autre arnaque mais, qui, celle-ci, transpirait le style fou, la manière, la nécessité de briser les carcans et de s'aventurer en terre inconnue. Soixante ans après, Le Livre d'Image, c'est un truc faussement arty, un truc qu'on dégaine pour te dire que finalement, pauvre idiot que tu es, t'as rien pigé au cinéma. Alors même que le gars qui te toise de toute sa science et qui t'en parle, hé bien , il n'a rien compris non plus.
Cela se veut hautement conceptuel, une véritable symphonie sépulcrale, funèbre... En théorie, après avoir lu le dossier de presse. Dans la réalité, c'est aussi agréable à regarder qu'un steak aux boulettes d'entre les doigts de pieds l'est à manger.
Le Livre d'Image, c'est la divagation tragiquement gâteuse d'un vieux con autiste et devenu imbuvable. C'est le sommet contrefait de la pose m'as-tu-vu d'un Godard qui devient d'une sénilité inquiétante, ou d'une suffisance goguenarde qui lui fait haïr ses contemporains. Au choix.
Et dans cette dernière hypothèse, il a dû bien se marrer, l'animal, de sa Palme. Et constater la propension inouïe de cette presse inrockuptible à porter aux nues l'expérimental qui s'offre à toutes les interprétations. Et surtout à n'importe laquelle, dans un grand n'importe quoi étalé complaisamment pendant plus d'une heure dans une transcendance cheap qui laisse pantois et interdit...
Et quand même le directeur cinéma d'Arte France y va de sa dithyrambe hypocrite, et y trouve "un cinéma de poésie" et que "le spectateur se laisse aller à un flux sidérant sur le plan formel", il n'est pas interdit de pouffer ou de se montrer atterré par un tel foutage de gueule. Car Le Livre d'Image, loin des louanges à lui tressés, se complait dans une inintelligibilité digne de la célèbre parodie des Inconnus.
Et si un tel film ne portait pas le nom, sur son affiche, d'un réalisateur reconnu, qu'en resterait-il de ces dithyrambes automatiques ? Célébrerait-on aussi largement l'oeuvre de montage poétique signée, au pif, René Kiquoule ou Arthur Luth ?
L'homme est peut être intelligent. Mais il est surtout d'une prétention sans limite. Il est décrit comme un génie ? Le Livre d'Image se montre cependant comme le dernier (?) sévice infligé par un infâme tortionnaire.
Behind_Godard ou du cochon ?_the_Mask.