6
le 22 janv. 2026
SuivreConversation abstraite
Les projets s’enchaînent et ne ressemblent pas pour Olivier Assayas, capable de jongler entre le nombrilisme auteuriste (Hors du temps), la réflexion méta-narrative passionnante (la série Irma Vep)...
Les projets s’enchaînent et ne ressemblent pas pour Olivier Assayas, capable de jongler entre le nombrilisme auteuriste (Hors du temps), la réflexion méta-narrative passionnante (la série Irma Vep) et le thriller politique (Cuban Network). Le Mage du Kremlin s’inscrit davantage dans cette tendance, et ne manque pas d’ambition : casting de haut vol, adaptation d’un roman à succès, et recrutement d’un grand écrivain français du monde russe, Emmanuel Carrère, pour peaufiner l’adaptation. Qui a lu Un roman russe ou le fascinant Limonov sait à quel point l’auteur est crédible pour restituer cette période charnière de l’Histoire où le bloc communiste s’effondre et les appétits capitalistes commencent à déferler sur la mère Russie.
Les atouts du film sont donc nombreux : un sujet complexe, déroulé sur près de 25 ans, qui atteste certes de la fin d’un monde, mais raconte surtout avec précision l’état de confusion qu’est le nôtre aujourd’hui, où la démocratie est rongée par le storytelling, la mise à mal de la vérité, la manipulation et le règne de la peur. Les orchestrateurs du chaos sont ici invités à la tribune pour un traité de dissection plutôt efficace, où l’on explique les mérites d’une telle méthode, le retour du pouvoir vertical et la jubilation à saper les fondements d’un monde occidental bien trop sûr de son modèle supposément infaillible.
L’un des enjeux réside bien entendu dans la performance de Jude Law en Vladimir Poutine qui, il faut bien le reconnaître, est tout à fait convaincant. Sans cabotiner, le comédien adapte son corps et son phrasé pour restituer ce magnétisme effrayant qui va galvaniser tout un continent. Paul Dano, qui lui donne la réplique, s’en sort avec les honneurs, même si son personnage lui offre une partition bien moins diversifiée.
Reste à donner chair et mise en scène à ce qui reste jusqu’alors un film dédié à ses scénaristes et comédiens. Et c’est là que le projet prend un peu l’eau. Dissertatif, et essentiellement réduit à des dialogues illustrés çà et là d’images d’archives, le film manque considérablement de souffle et de fluidité. Le dispositif de départ (le protagoniste qui raconte à un universitaire ses souvenirs) empèse encore la narration, qui va et vient paresseusement du passé (où l’on dialogue sur les stratégies à mettre en place) au présent (où l’on débriefe sur les effets de ces dernières). L’intrication de l’intime, à savoir l’histoire de couple de Dano et Vikander, n’a que peu d’intérêt, et ajoute principalement des dialogues, dans une perspective parfois ambivalente où l’on s’interroge sur la nécessité d’humaniser un type à la tête d’un programme aussi cynique et mortifère, la propension ironique ou glaçante d’un tel traitement n’étant jamais clairement soulignée. S’ajoute la facticité habituelle de voir des Russes deviser en anglais, et l’on aboutit à un cours d’Histoire proprement édifiant pour qui aura besoin de faire le point sur cette foisonnante période, durant 2h30 savamment distillées, sans réel temps mort. Pour les cinéphiles, prévoir un plan B.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Politique, Les meilleurs films sur la politique, Vu en 2026 et Vu en salle 2026
Créée
le 22 janv. 2026
Critique lue 1.4K fois
6
le 22 janv. 2026
SuivreLes projets s’enchaînent et ne ressemblent pas pour Olivier Assayas, capable de jongler entre le nombrilisme auteuriste (Hors du temps), la réflexion méta-narrative passionnante (la série Irma Vep)...
5
le 3 oct. 2025
SuivreUne œuvre dense qui s’attache à retracer la trajectoire d’un stratège de l’ombre, Vadim Baranov, figure décisive du pouvoir russe depuis trois décennies. Guidé par une voix off qui ne nous lâche...
2
le 22 janv. 2026
SuivreDes films qui portent un agenda politique ? Pourquoi pas. Mais à conditions qu'ils soient bons !Commençons tout de suite par désamorcer la bombe, je n'apprécie pas particulièrement les régimes...
1
le 6 déc. 2014
SuivreCantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord de...
9
le 14 août 2019
SuivreIl y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...
8
le 30 mars 2014
SuivreLa lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...