Ressusciter le Zorro de notre enfance (le "feuilleton", comme on disait alors, de chez Disney, probablement très gentillet, malgré le personnage fascinant du renard masqué), voilà un pari qui a dû séduire un Spielberg jamais en reste quand il s'agit de nostalgie. Mais comme ce brave Steven est un vrai pro, il a engagé de bons scénaristes pour renouveler le sujet en l'enrichissant par de multiples nouveaux "angles" : d'un côté, le beau thème de la transmission entre le vieux Zorro (Anthony Hopkins, impeccable comme toujours...) et le jeune (Antonio Banderas, pas aussi à l'aise que chez Almodovar, mais plein de charme et d'humour), d'un autre la tragédie amoureuse et familiale (deux hommes se disputant la même femme, puis 20 ans plus tard, la même fille), sans oublier de conserver quand même le contexte politique essentiel au mythe (le destin de la Californie, entre Mexique, indépendance et Etats-Unis...). Il a engagé un habile metteur en scène, Martin Campbell, auréolé du succès de son récent James Bond, et il a réussi à produire l'un de ces divertissements de luxe mêlant action débridée, humour sympathique et même, ici, sensualité (la superbe et fameuse scène du duel "sexy" entre Banderas et Zeta-Jones, rayonnante de beauté).
On pourra bien entendu regretter que la légèreté "spielbergienne" l'emporte un peu trop, avec en particulier une tonalité "Indiana Jones" dans les scènes finales de la mine d'or, où le récit abandonne beaucoup de sa crédibilité pour privilégier le spectaculaire virevoltant, mais on se réconfortera vite grâce au plaisir d'admirer le travail des cascadeurs et des artificiers, à une époque bénie où les films d'action ne dépendaient encore nullement de la CGI.
Et, curieusement, vingt ans plus tard, ce petit film sans conséquence, et qui n'avait aucune autre ambition que celle de nous divertir, a parfaitement bien vieilli, et rempli toujours très bien son contrat.
[Critique écrite en 2020]