Le Menu est un film qui surprend dès les premières minutes, porté par un scénario d’une originalité rare. Dès l’amuse-bouche, on se retrouve happé dans cet univers culinaire aussi raffiné qu’inquiétant, où chaque plat devient une pièce d’un puzzle psychologique savamment orchestré. Le film joue magistralement avec la tension, le malaise et l’humour noir, créant une atmosphère unique qui oscille entre élégance et cruauté.
L’ambiance est sans doute l’un des plus grands atouts du film : feutrée, contrôlée, presque religieuse. On sent constamment que quelque chose cloche, que tout est trop parfait, trop millimétré — et c’est justement ce qui maintient le spectateur en éveil, comme un convive qui aurait accepté un dîner sans connaître le menu à l’avance. Chaque scène est une dégustation, chaque révélations un assaisonnement de plus dans ce repas hors du commun.
La fin, cependant, peut laisser un sentiment mitigé. Elle manque peut-être de la force ou de la cohérence que promettait l’ensemble, et l’issue accordée à Margot interroge. Pourquoi semble-t-elle être l’invitée préférée du chef ? Pourquoi lui accorde-t-il une place différente, un traitement particulier ? On ressent qu’elle incarne quelque chose de précieux pour lui — peut-être la simplicité, la sincérité, ou même le refus de jouer le jeu de cette élite décadente — mais le film laisse cette idée volontairement floue, presque abstraite.
Cela dit, cette légère frustration n’entame pas la qualité globale du film. Le Menu reste une œuvre audacieuse, immersive et profondément originale, qui n’hésite pas à bousculer son public comme un chef qui enverrait un plat volontairement provocant pour réveiller les papilles. Une expérience véritablement culinaire, au sens le plus viscéral du terme, une dégustation qui prend aux tripes.