Cela commence comme une expérience et en fini par être une leçon !
C'est au travers d'une superbe image léché qu'on plonge dans un univers, de prime abord accessible à tous, la cuisine. Qui transcende très vite le commun des mortels dès lors qu'elle devient "gastronomie".
Une nouvelle façon pour "l'élite" et entendons-nous bien c'est plus conceptuel qu'autre chose quand l'on voit le défilé d'imbéciles qui la compose, d'exclure "le pauvre moyen". Un prétexte pour installer de la rareté. Ne plus simplement se contenter de manger alors que l'on peut déguster, ne plus se limiter à vivre, alors qu'on peut expérimenter. Pourquoi se cantonner à ressentir alors qu'on peut transformer cela en masturbation intellectuelle jouissive.
Indéniablement esthétique, ce spectacle en plusieurs temps, nous offre une intéressante réflexion sur l'art et l'acte de création. Confronté à un système profondément bourgeois et classiste, qui vient en ronger jusqu'à l'os, l'essence même. Ainsi, une réelle question demeure, que nous reste t'il finalement ?
Alors que ce foutu déterminisme social nous prédestine à appartenir à un de ces deux camps, être de ceux qui donnent ou de ceux qui prennent. En fin de compte s'approprier les codes d'un groupe social est-ce le seul moyen de faire pont ? De créer un semblant d'appartenance ? De s'extirper de son milieu social d'origine ?
Inversement à quel moment rendre art, donner corps et substance à une émotion, la réfléchir et l'émulsionner de par son esprit la condamne-t-elle à se corrompre ?
Deux chemins nous sont proposés à la toute fin. L'un nous évoque le retour aux origines, à l'abandon des fioritures. La plus pure des formes d'art réside dans la reconnexion aux plaisirs les plus simples, aux premiers émois. Quant notre esprit n'était pas encore contaminé par des injonctions qui lui dicterai son goût.
D'autre part, quand le retour en arrière n'est plus possible, la dernière voie à emprunter est la plus radicale, la mort comme ultime acte de création. Mourir à soi-même comme seul moyen de renaissance. Rejoignant à divers égards la théorie de l'économiste Joseph Schumpeter, la déstruction créatrice. Qui peut se rattacher de façon plus philosophique à expliquer les mues permanentes autant du capitalisme que de notre propre existence. Il faut bien que quelque chose se meure pour évoluer et quand on atteint ce fameux plafond de verre, quel autre choix nous reste-t-il ?
Quelques bémols sont toutefois à noter. C'est un superbe huit-clos à quelques détails près qu'il aurait dû le rester de part en part et sans exceptions. Car les peu de fois où l'on s'aventure en dehors de ces quatre murs le rythme se fane légèrement. Quelques longueurs et facilités scénaristiques, ont dilué la subtilité d'un propos qui aurait jouie à demeurer plus nuancé. Une atmosphère inquiétante et violente sans tomber dans les clichés mais dont j'aurai apprécier que certaines scènes aillent jusqu'à saturation et ne reste pas à leur prémices. Quelques incohérences tout de même, dont j'ai du mal à me défaire et un manque d'exploitaion de certains arcs narrtifs. Un jeu d'acteur impeccable, notamment de la part d'Anna Taylor-Joy, Ralph Fiennes et Nicholas Hoult, mais pour lesquelles sommes toutes j'ai eu du mal à m'attacher et à m'inquiéter de leur sort.
Une fin en dent de scie, car je me pose encore la question, aurais-je vraiment voulu qu'elle s'en sorte ?