Que se passerait-il si un chef étoilé desabusé et son armée de commis robotisés prenaient en otage une brochette de convives délectablement haïssables?


On s'en lèche les babines par avance, d'autant plus que nos gourmets se donnent du mal pour rivaliser de médiocrité et de bassesse. On imagine déjà la critique littéraire snob rotissant au barbecue, les traders mégalo en tandori et l'acteur has-been en cochon de lait. Mention spéciale à Nicolas Hoult dont le personnage initialement sympathique se révèle petit à petit digne de finir en chirashi. Tous ces mets exquis nous sont servis dans un fort bel écrin de verdure, la présentation de the Menu étant tout à fait soignée.


Malheureusement, le soufflé retombe vite et nous laisse sur notre faim. Le chef homicide a beau se démener en cuisine, on peine à suivre la cohérence de sa ronde des plats : un suicide gratuit par ci, un doigt coupé par là, le tout arrosé de discours vides et prétentieux... Tout cela manque de croquant et de fondant comme dirait Cyril Lignac la tête penchée, on dirait du Picard Surgelé qui voudrait se faire passer pour une merveille culinaire.


Quid des zombis en tabliers? Qu'ont-ils à gagner dans cette histoire? Parce qu'un tel endocrinement, ça se justifie tout de même un minimum, on ne passe pas de la julienne de légumes à la déstructuration de hipsters en un clin d'œil. Les motivations de Ralf Fiennes, elles, me font penser à un morceau de tofu. Elles sont là mais n'ont aucun goût, encore faudrait-il les assaisonner un peu avant de les balancer telles quelles dans l'assiette. Quant aux facéties du repas gastronique, elles s'enchaînent comme à l'apéro, variées, ludiques, on y revient tout le temps mais in fine, on a le bide en vrac tout en ayant l'impression de n'avoir rien bouffé.


Moi, cette histoire me fait penser à un croque-monsieur revisité par un chef à la mode. On va s'extasier sur l'équilibre des saveurs, la qualité des produits, la présentation impeccable... Mais à la fin, tu as payé 40 balles pour 2 tranches de pain avec du jambon. The Menu, c'est Destination Finale en director's cut version chrome. C'est intriguant et bien emballé, mais tout compte fait, c'est une histoire de cuistot qui tue des gens un peu au pif. Point.


Malgré cela, ne faisons pas la fine bouche : le film se mange sans faim et on en sort à peu près rassasié. Reste une impression tenace de rendez-vous manqué, comme lorsque vous sortez d'un restaurant très chic en ayant juste bien mangé. Le tout accompagné d'une légère finale de snobisme, à l'image du serveur de la gargotte du coin qui vous souhaite une "bonne dégustation". Ce n'était pas désagréable mais le décalage entre la promesse et la réalité nous laisse en dissonance cognitive.


Une œuvre pour les amateurs de bars à eau.

Drdrosophile
5
Écrit par

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le 4 juin 2026

Critique lue 11 fois

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