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le 26 juin 2016
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«Les meilleures choses de la vie arrivent par hasard» Si ces belles paroles de Dory peuvent s'avérer véridiques, il se trouve que dans un film trop de hasard tue le hasard. Et ça s'appelle de la...
En 2003, Finding Nemo marque un tournant historique pour PIXAR : le film reçoit l’Oscar du meilleur film d’animation, une première pour le studio. C’est une consécration artistique, mais aussi un immense succès populaire. Le public est conquis par l’univers coloré et émouvant de la Grande Barrière de corail et par les aventures pleines de tendresse de Marlin à la recherche de son fils. Le film devient alors le plus grand succès commercial d’un film d’animation au box-office américain, surpassant tous les précédents records (il se fera battre l’année suivante).
Disney veut une suite et selon l’accord signé entre Disney et PIXAR, le studio aux grandes oreilles détient les droits d’exploitation sur les personnages et les histoires des films PIXAR produits sous leur bannière. Cela signifie que Disney a un droit de regard prioritaire sur toute suite ou adaptation. Si PIXAR décidait de ne plus collaborer avec Disney, il perdrait l’accès à ses propres créations et ne pourrait empêcher Disney de produire des suites sans lui. Cette situation tend profondément les relations entre le directeur de PIXAR Steve Jobs et le directeur de Disney Michael Eisner. Les discussions deviennent si houleuses que PIXAR annonce officiellement vouloir mettre fin à son partenariat avec Disney à l’expiration de leur contrat.
En réaction à cette menace de rupture, Disney réagit stratégiquement : il annonce en grande pompe la création d’un nouveau studio : Circle 7 Animation. Ce studio a une mission claire et provocante : produire des suites des films PIXAR sans l’implication de PIXAR lui-même. Alors que les artistes recrutés témoignent du sérieux du projet, les observateurs de l’industrie y voient surtout une manœuvre de pression destinée à faire plier PIXAR. La crise s’envenime jusqu’à provoquer une fracture interne chez Disney. Roy Disney, neveu de Walt, critique ouvertement la gestion de Michael Eisner et contribue à son éviction. Bob Iger, son successeur, prend rapidement une décision majeure : réparer les ponts avec PIXAR. Il orchestre le rachat du studio et place John Lasseter à la tête de la division d’animation.
Cependant, la suite de Finding Nemo ne se fera pas sans Andrew Stanton.
En 2006, au même moment du rachat de PIXAR, Andrew Stanton obtient un feu vert inattendu de Disney pour un projet qui lui tient à cœur depuis l’adolescence : John Carter, l’adaptation des romans de Edgar Rice Burroughs. Il s’agit de son premier long-métrage en prises de vues réelles, un pari audacieux pour un cinéaste venu de l’animation.
En 2012, John Carter est un échec critique et commercial de grande ampleur. La presse s’en donne à cœur joie, pointant les incohérences, le ton hésitant, et le manque d’originalité perçu. Le public, quant à lui, boude les salles. Le film, au budget faramineux, devient l’un des plus gros flops de l’histoire du cinéma. Pour Disney, c’est un revers coûteux. Pour Andrew Stanton, c’est un coup dur personnel, qui met brutalement en pause ses aspirations à la réalisation en live action.
L’échec du film scelle le destin de Andrew Stanton à court terme : sa carrière en prises de vues réelles est stoppée net. Il retourne alors, un peu contraint, chez PIXAR. Dans les coulisses, Disney, qui cherche à compenser les pertes colossales du film, le pousse à revenir à un projet sûr : une suite à Finding Nemo.
Officiellement, Andrew Stanton affirme qu’il caressait depuis longtemps l’idée de retrouver Marlin, Nemo et Dory et de développer leurs histoires. Mais il est évident que cette décision est également motivée par des impératifs économiques et stratégiques imposés par Disney. Le ton est plus encadré, la marge de liberté plus réduite. C’est une mission de rédemption autant qu’un retour aux sources.
Andrew Stanton décide de se concentrer sur le personnage secondaire préféré du public : Dory, le poisson amnésique. Il veut explorer ses origines, son passé et son besoin de famille. Pour le scénario, il s’entoure de Victoria Strouse, Angus MacLane et Bob Peterson (ce dernier était déjà impliqué dans le premier film). MacLane co-réalise également le long-métrage, apportant une vision complémentaire et une fraîcheur bienvenue à cette suite attendue.
En 2016, Finding Dory sort enfin au cinéma. Le film reçoit un accueil chaleureux du public, qui retrouve avec plaisir l’univers aquatique de PIXAR.
Quel plaisir de retrouver Marlin, Nemo et surtout Dory dans cette suite ! Si le trio fonctionne toujours aussi bien, c’est Dory qui capte véritablement toute l’attention. Là où Marlin reste un père un peu anxieux et Nemo un enfant curieux, Dory apporte une fragilité unique qui la rend terriblement attachante. Son handicap, cette mémoire immédiate défaillante, devient ici bien plus qu’un simple ressort comique : il est le cœur émotionnel du film. Dory est un personnage en quête de sens, de repères, de liens. Elle oublie les lieux, les noms, les détails… Mais elle n’oublie jamais ce qui compte vraiment : l’amour, la chaleur des autres, le sentiment d’appartenance. Peut-on vraiment être heureux quand on oublie tout ? C’est une question poignante, presque existentielle, que le film soulève avec une délicatesse rare. Dory n’est pas seulement drôle, elle est profondément humaine dans sa vulnérabilité.
Dans le récit, la dynamique narrative s’inverse par rapport au premier film. Marlin parcourait les océans pour retrouver son fils. Ici, c’est Dory qui part à la recherche de ses parents. Cette inversion structurelle est habilement pensée, presque symétrique, mais elle introduit une complexité supplémentaire : Dory n’a aucun souvenir fiable sur lesquels s’appuyer. Sa quête devient alors un parcours semé d’indices fragmentaires, de sensations floues, de souvenirs éclatés qui ressurgissent par bribes. L’environnement dans lequel se déroulent ces retrouvailles, un centre de réhabilitation marine, fait écho à l’aquarium du premier film, tout en apportant une variation significative. On reste dans l’univers de la captivité, mais ici, elle est bienveillante (à l’origine ça devait être un zoo marin).
Un autre immense plaisir dans cette suite : replonger dans les fonds marins version PIXAR. Depuis le,premier film, l’animation a fait des bonds de géant, et cela se voit. L’eau, sa transparence, sa lumière, sa densité : tout est d’un réalisme bluffant. On est littéralement happé par les décors, par les textures, par la manière dont les personnages interagissent avec leur environnement. Chaque plan semble avoir été pensé pour sublimer la beauté des océans. Les progrès technologiques réalisés par PIXAR sont impressionnants, mais jamais gratuits : ils servent toujours le récit, immergent le spectateur dans un monde cohérent, vivant, sensible.
Il est toutefois un choix artistique qui peut laisser mitigés : celui de situer une grande partie de l’intrigue en dehors de l’océan. Contrairement au premier opus, qui restait presque intégralement sous l’eau, le film explore longuement les installations humaines du parc marin. Certes, cela permet de varier les décors, d’introduire de nouveaux personnages (comme le génialissime poulpe Hank aux sept tentacules), et d’aborder la thématique de la réhabilitation animale. Mais on peut regretter ce changement de cap, surtout quand on se souvient de la magie des vastes étendues marines du premier film. Ce basculement s’explique aussi par les nouvelles capacités techniques de PIXAR, qui n’étaient pas encore possibles lors du premier film. Et pourtant, en ayant les moyens de rester sous l’eau, ils choisissent de s’en éloigner. Une décision discutable, surtout pour ceux qui, comme moi, préfèrent l’univers aquatique au terrestre.
Étonnamment, l’histoire m’a davantage touché que son prédécesseur, alors même que son scénario repose parfois sur des procédés un peu convenus ou appuyés. Il y a certes des facilités, des coïncidences heureuses, et des rebondissements attendus, mais cela n’enlève rien à la sincérité du propos. Le moment où Dory retrouve ses parents, après tant d’obstacles et de doutes, est d’une puissance émotionnelle rare. Peut-être est-ce dû à mon attachement particulier à Dory, ce personnage qui, malgré son handicap, refuse de renoncer, continue de croire, et finit par triompher. C’est une victoire de la persévérance, de l’intuition, du cœur, un message profondément réconfortant.
Finding Dory réussit le pari, rarement gagné d’avance, de prolonger une histoire déjà culte sans trahir son esprit. Il approfondit les thèmes du premier film tout en explorant une émotion nouvelle, plus intime, centrée sur l'identité et la mémoire. Visuellement éblouissant, narrativement touchant, parfois maladroit mais toujours sincère, ce film prouve que PIXAR sait encore conjuguer technologie et émotion. Et surtout, il consacre Dory comme l’un des personnages les plus mémorables du studio, drôle, fragile, et incroyablement courageuse.
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Créée
le 12 juin 2025
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