Imaginez être un jeune réalisateur à succès en 1964. Vous avez eu la chance de faire tourner Ventura, Blier, Lefebvre, Blanche et compagnie sur un texte génial de Michel Audiard dans un film dont le titre etait Les Tontons Flingueurs, et cela a fait de vous "quelqu’un".
Maintenant, on vous donne Paul Meurisse et Robert Dalban pour faire une comédie d'espionnage franchouillarde que vous tournerez en plein Hong Kong sur les lieux mêmes de l'action. La formule est deja prouvée par deux antécédants, et s'inscrit dans la mode des Coplan et des Gorille; le casting est meme amelioré cette fois avec l'introduction de Dalban. Mais voila, le scenario est plutot faible. Pour un realisateur un tout petit peu competent, ca n'aurait pas été si problematique: il aurait pu encourager ces grands acteurs a de l'improvisation amusante, faire des choix de casting interessants, changer peut-etre un ou deux dialogues, superviser les effets de montage, la musique, etc. Il y a tant de facons de rendre une serie B agréable et sympathique. Mais vous, vous decidez de ne faire absolument AUCUN effort sur aucun plan : vous ne dirigez pas les acteurs (vous les laisser totalement a l'abandon), vous ne lisez probablement même pas le script, vous ne supervisez rien ni personne. Vous avez probablement vos raisons, ou alors etes vous en fait vraiment completement nul?
En tout cas, chacun sur cette production est clairement là uniquement pour une fiche de paie non inspirée, et tout le monde s'ennuie et attend que ça se finisse. Même Paul Meurisse semble avoir honte de devoir remplir des plans insondables. C'est complètement nul, mais c'est le le jean-foutrisme total du realisateur qui pour moi rend ce film carrément antipathique.
Les Tontons Flingueurs et Les Barbouzes firent de Lautner un nom. Mais c'est le génie de Michel Audiard et de ses acteurs fétiches (pour qui il écrivait sur mesure) qui sont à l'origine de ces succès. Lautner, lui, est un très mauvais réalisateur à mes yeux. Même ses plus grands succès comme Le Professionnel souffrent horriblement de sa réalisation sous-douée. Il fit d'ailleurs de pire en pire tout au long de sa carrière, pour finir par se vautrer dans des productions immondes comme La Cage aux folles 3 et Le Cowboy que même Pecas ou Gion n'auraient jamais pu à ce point massacrer.