Oyez, oyez, mes frères cinéphiles, voici venu le moment de se pencher sur un film qui sent la cire froide, le parchemin moisi et le bouc — et je ne parle pas que du casting.
Imaginez un Cluedo au XIIIe siècle, tourné dans un monastère gothique à -12°C, avec des moines qui n’ont pas vu une femme depuis la dernière croisade et qui prennent l'humour pour une hérésie punissable de barbecue vivant. Voilà Au nom de la rose.
Un moine est retrouvé les pieds en haut, les tripes en bas, et les yeux remplacés par le regard de quelqu’un qui vient de lire Mein Kampf à l’envers. C’est louche. Très louche.
Arrive alors Frère Guillaume de Baskerville (Sean Connery, en mode Sherlock Holmes version bénédictine), armé de son flair, de sa tonsure de Jedi en semi-retraite, et d’un apprenti bien trop chaud pour le Moyen Âge (Christian Slater, avant qu’il découvre les shampoings).
Tous deux doivent résoudre une série de meurtres ultra-macabres dans une abbaye où l’on trouve :
des livres interdits (la bibliothèque est un escape game satanique),
des moines aussi souriants qu’un calendrier fiscal,
et un Bernard Gui (le méchant) qui a le charisme d’un inquisiteur croisé avec une imprimante à aiguilles.
Au nom de la rose, c’est Seven qui aurait été réalisé par les Monty Python un lendemain de deuil national. Le suspense est là, l’ambiance aussi, mais tout est filmé dans une pénombre si profonde qu’on a l’impression que le chef-opérateur a été remplacé par une bougie.
Et parlons franchement : l’ambiance du film, c’est 90 % "Froid + Moisi + Chant grégorien en mineur". On s'attend à voir un moine se réchauffer en mettant le feu à ses propres vœux de chasteté.
Attention, Sean Connery dans ce film est au sommet de sa forme cérébrale. Il déchiffre des manuscrits piégés, trouve des passages secrets dans des escaliers en colimaçon, et prononce des phrases comme :
« Le rire est le souffle du diable »
sans éclater de rire lui-même — ce qui est déjà un exploit.
Il est l’unique personnage à ne pas être rongé par la culpabilité ou par des champignons hallucinogènes dissimulés dans des missels.
Mention spéciale à la scène de sexe entre Christian Slater et une jeune mendiante qui surgit comme un DLC inattendu dans un jeu de moines. Un instant, tu regardes un thriller métaphysique, l’instant d’après : BOOM, érotisme rural en mode "petit Jésus tout dur".
Elle n’a pas de nom, elle vient échanger une pomme contre du désir charnel, et elle repart avec la paix du Christ et une barbe de trois jours sur l’âme.
Ce film nous enseigne que :
Trop lire, ça rend aveugle (surtout si tu lèches les pages empoisonnées).
L’humour, c’est une hérésie (désolé Coluche).
La vérité est dans les marges des manuscrits, mais surtout dans les greniers de psychopathes.
Et si tu veux survivre dans une abbaye du XIVe siècle, ferme ta gueule, baisse les yeux, et ne ris pas. Sauf si tu veux finir en torche humaine dans la cour du cloître.
Au nom de la rose, c’est une enquête médiévale à base de mysticisme, de paranoïa scripturale et de moine en goguette. C’est sombre, c’est poussiéreux, c’est parfois hilarant malgré lui, et c’est une excellente raison de remercier Gutenberg d’avoir inventé l’imprimante et pas les moines tueurs.
Un chef-d’œuvre de crasse intellectuelle et d’ésotérisme humide qui donne envie de se faire moine. Ou pas