La monstruosité de The Plumber est multiple, forme les trois côtés d’une pyramide au sommet de laquelle se trouve la femme, Jill, liée à deux hommes distincts tant par leur classe sociale que par leurs heures de présence à l’appartement – Brian quitte tôt le domicile conjugal pour l’université, où il enseigne et effectue des recherches, par opposition à Max qui intervient pendant son absence. Le premier semble sorti d’un roman d’Annie Ernaux, se revendique altruiste et éclairé alors qu’il subordonne sa compagne aux tâches inférieures, lui reprochant une table non dressée et les boîtes de sardines en guise de repas sans penser à la thèse qu’elle écrit, elle ; obsédé par sa carrière, prêt à quitter l’Australie pour la Suisse du jour au lendemain, il constitue le centre de son monde autour duquel gravitent des individus qui, couverts de cadeaux et du privilège de partager son intimité, se sentent aussitôt redevables. Le second exerce une monstruosité sociale, issu d’un milieu moins favorisé que celui de Jill, et joue avec les stéréotypes qui lui sont associés (séjour en prison, viol, chanson révoltée, vol…) ; il se saisit de son « métier » manuel comme une occasion d’enfreindre l’intimité d’un espace social privilégié auquel sinon il n’aurait pas accès, et de la longueur de travaux infinis, que personne d’autre que lui ne peut mener à bien faute de compétences, comme l’entretien d’une dépendance et, par extension, d’une cohabitation forcée.
Sur cette base masculine toxique s’élève une femme tout aussi monstrueuse, enfermée dans une bulle de sons, de mots et d’images, qui s’adonne à l’étude ethnologique des populations premières par incapacité à éprouver une empathie pour son semblable, à vivre dans son temps et à actualiser l’histoire ; par elle, Peter Weir fait la satire d’un milieu universitaire déconnecté des réalités, emprunte l’hypothèse cannibale comme métaphore des relations entre ses trois personnages que le long métrage place à égalité jusqu’à une clausule qui rétablit l’ordre social.
Réalisé avec une précision chirurgicale, voilà un téléfilm troublant et magistral qui contient déjà toutes les thématiques du cinéaste.